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Catherine Maisse : une résilience à toute épreuve

France
Le 26/11/18 à 12h19

par

Jérémie Gatignol

Responsable de la sélection de fonds du cabinet de gestion de patrimoine Acheme Finances depuis bientôt 10 ans, Catherine Maisse est avant tout une « matheuse », qui a fait ses armes dans l’économie de la santé.
Catherine Maisse - Acheme Finances
Responsable de la sélection et de l'allocation de fonds
d'Acheme Finances

« J’ai longtemps hésité entre l’économie et les mathématiques », raconte Catherine Maisse. Après l’obtention d’un Bac économique en 1982, elle passe une année, sur les conseils de sa professeure de mathématique, en PCS (préparation aux cursus scientifiques) à l’université d’Orsay et enchaîne sur une année universitaire de mathématiques et de sciences physiques. Cependant, l’importance dans le cursus de matières comme la chimie, qu’elle n’apprécie pas, pousse la jeune femme à se réorienter vers l’économie. Elle intègre alors l’EDC Paris Business School en 1984 et se spécialise en commerce international.


Entre formation et monde du travail


En 1987, son diplôme en poche, elle ne parvient pas à trouver d’opportunités professionnelles intéressantes. « J’ai eu droit au discours classique comme quoi j’étais trop jeune ou que je ne venais pas de la bonne école, regrette-t-elle. J’avais surtout le « toupet » d’être une femme et de vouloir faire du commerce international, une chose presque impensable à l’époque. » Au bout d’un an, elle décide donc de retourner sur les bancs de la faculté, à Paris X Nanterre, pour effectuer une licence d’économétrie. « C’est une spécialisation qui me convenait très bien, car très mathématisée, mais avec laquelle je ne voyais pas trop les débouchés possibles, relate-t-elle. Étant issue d’une famille [côté paternel, ndlr] où l’on est entrepreneur depuis plusieurs générations, j’ai donc opté l’année suivante pour une maîtrise en économie des entreprises. »


Catherine finit sa formation à l’été 1990 et se confronte à nouveau au marché du travail et ses difficultés. Après quelques mois, elle accepte un poste de professeur de mathématiques pour une classe d’enfants sourds intégrée à un collège « classique ». « Mes grands-parents maternels étaient sourds et ma mère est la référente en France de la langue des signes française, explique Catherine. J’ai donc appris les signes très tôt pour communiquer avec mes grands-parents. Quand j’ai été contactée par le collège pour un remplacement j’ai tout de suite été très intéressée à l’idée d’enseigner les mathématiques à ces enfants. »

livres
Grâce à sa liseuse, Catherine dévore les ouvrages les uns après les autres.

En 1991, la jeune femme retourne une nouvelle fois à la faculté où elle passe cette fois un DESS en économie internationale, toujours à Nanterre. Sa formation achevée, Catherine devient formatrice en langue des signes pour les professeurs de l’éducation nationale entre 1993 et 1995. « Je voulais retourner dans ce milieu mais je me suis vite rendue compte que l’éducation nationale n’était pas un cadre pour moi, précise-t-elle. En revanche, cela a confirmé mon envie de trouver un lien entre mon activité professionnelle et le handicap. C’est pourquoi j’ai décidé d’intégrer le DESS d’économie et gestion de la santé de Dauphine en 1994. »

Un mental d’acier

Enceinte de plusieurs mois, Catherine passe son été à rédiger un mémoire pour intégrer Paris Dauphine, qu’elle parvient à remettre dans les temps, avant d’accoucher quelques jours plus tard. Elle est admise à l’université et jongle pendant un an entre son DESS, son travail à l’éducation nationale et son rôle de jeune mère. « C’était une période particulièrement dure sur le plan personnel car j’ai perdu mon mari alors que je n’avais que 29 ans et venais d’accoucher de mon deuxième enfant ». Un événement tragique qui a forgé le caractère de Catherine.

Son mental d’acier, elle se l'est également forgé dès son enfance avec la pratique de sports à haut niveau. Après des années de danse et de gymnastique, elle se tourne vers l'athlétisme à l’adolescence en se spécialisant en 200m et en saut en longueur. Cependant, c’est durant ses études universitaires qu’elle trouve sa discipline de prédilection : l’aviron. « C’est un sport qui m’a porté pendant longtemps et que j’ai pratiqué en compétition, obtenant même plusieurs médailles nationales et régionales », évoque-t-elle. Son seul regret ? Ne pas avoir intégré l’équipe de France d’aviron en raison de son poids plume et de ses problèmes d’asthmes…

Aviron
Catherine et son équipe d'aviron

En 1995, Catherine effectue son stage de DESS au ministère de la Santé et est embauchée dans la foulée. Elle y travaillera quelques mois en tant qu’ingénieur administratif à la direction des hôpitaux, puis, en 1996, elle décide de quitter la capitale, après 30 ans de vie parisienne. Elle rallie alors la ville de Lyon où un poste au sein de la société Mapi Values, spécialisée dans les essais cliniques, l’attend.


La parenthèse estonienne

En 1999, après trois années passées comme directrice d’études médico-économiques, Catherine Maisse décide de suivre son nouveau compagnon en Estonie, où il vient d’être affecté. « Comme il était militaire, je n’avais pas le droit de travailler et j’ai donc décidé de préparer une thèse sur la transition du système de santé estonien ». De son expérience estonienne, Catherine retient la vie difficile de la population, pas encore intégrée à l’Union européenne, mais également un pays attachant et peu connu où elle a vécu quatre années très heureuses. « Je considère qu’une partie de mon cœur est resté là-bas », affirme-t-elle. Fin 2003, elle rentre en France le cœur lourd et démarre la rédaction de sa thèse qu’elle ne parvient pas à soutenir pour des raisons personnelles et un calendrier universitaire capricieux. « Je cherchais du travail en même temps et ne trouvais pas de postes qui me correspondaient », regrette-t-elle.

En 2007, Catherine se sépare de son compagnon et donne un nouvel élan à sa carrière en partant à Strasbourg, où elle devient gestionnaire de portefeuilles hospitaliers pour la Caisse régionale d’Assurance Maladie d’Alsace-Moselle. Deux ans plus tard, elle quitte le milieu de l’économie de la santé pour rejoindre Acheme Finances, où elle travaille depuis. « J’ai rencontré mon mari qui venait de racheter un cabinet sur Strasbourg et souhaitait que je vienne m’occuper de la partie financière. J’avais bien sûr déjà fait de la finance mais je n’ai accepté qu’à la condition de refaire une formation pour parfaire mes connaissances. » De 2010 à 2012, Catherine Fournie-Maisse reprend donc ses anciennes habitudes et cumule travail à temps plein et Master 2 de finance d’entreprise et pratique des marchés financiers à Sciences Po Strasbourg. Quasiment 10 ans plus tard, elle est devenue experte dans l’art de la sélection de fonds et s’épanouit pleinement dans sa vie strasbourgeoise.