Les gestionnaires européens minimisent leur rôle dans le coût des fonds retail

Europe
Le 17/09/21 à 07h49

par

Adrien Paredes-Vanheule

L'association européenne des gestionnaires d'actifs Efama pointe la part des rétrocessions des distributeurs de fonds et autres intermédiaires dans les coûts élevés des fonds Ucits pour les particuliers.
Pixabay

Le coût total payé par les investisseurs particuliers européens pour investir dans un fonds Ucits demeure un point de discussion sensible entre le régulateur européen des marchés financiers Esma et l’écosystème de la gestion d’actifs. Un rapport sur les frais et performances des produits financiers en Europe publié en avril dernier par l’Esma avait conclu que les investisseurs particuliers payaient en moyenne 40% de frais supplémentaires sur un fonds Ucits par rapport aux investisseurs institutionnels, peu importe la classe d’actifs ou le niveau de risque.

Et comme souvent, ce sont les sociétés de gestion qui se retrouvent pointées du doigt sur la question des frais des fonds, accusées de faire payer leurs fonds actifs trop cher alors que ceux-ci peinent à battre leurs indices de référence et souffrent de la comparaison grandissante avec la gestion passive.

L’association européenne des gestionnaires d’actifs a contre-attaqué en publiant, ce jeudi, une étude en collaboration avec le consultant en recherche de fonds Fitz Partners sur la réalité du coût des fonds Ucits pour les particuliers. L’objectif ? Démystifier l’idée que les sociétés de gestion sont seules responsables des coûts élevés des fonds Ucits pour les particuliers. « Dans la plupart des pays d’Europe continentale, les coûts de distribution et de conseil sont intégrés dans les frais payés aux sociétés de gestion avant que ceux-ci ne soient rétrocédés aux distributeurs », rappelle l’Efama, qui a séparé dans son étude la part des frais revenant aux gestionnaires d’actifs et celle revenant aux distributeurs et intermédiaires.

L’association adresse d'ailleurs un tacle aux régulateurs européens Esma et Eiopa en faisant référence à «certains observateurs des marchés» qui entretiennent la confusion sur les frais réels retenus par les sociétés de gestion, «n’étant pas informés qu’une grosse partie du coût est attribuable aux distributeurs et aux intermédiaires».

Les distributeurs gourmands en rétrocessions

Ainsi, selon les calculs de l’Efama et de Fitz Partners, les frais totaux pour un fonds Ucits retail se chiffreraient à 1,68% en moyenne, toutes classes d’actifs traditionnelles confondues (actions, obligations, multi-actifs). Les sociétés de gestion ne récupéreraient au final que 41% du coût total payé par un particulier lorsqu’il investit dans un fonds Ucits. La part des distributeurs du fonds et autres intermédiaires financiers intervenus dans la vente du fonds s’élèverait, elle, à 38%. Les 21% restants couvriraient les services d’administration du fonds (13%), les frais de conservation (2%), les taxes liées au fonds (3%) et d’autres dépenses (3%).

L’Efama assure dans son étude que dans la plupart des fonds actions et obligataires destinés aux particuliers, 30 à 50% des frais payés reviennent aux distributeurs et intermédiaires. « Mais dans certains cas, c’est moins d’un tiers et dans d’autres, plus de la moitié. Cette variation reflète les négociations diverses et constantes entre gérants et distributeurs », pointe l’Efama. Pour enfoncer le clou, l’association souligne que le coût réel d’un fonds actif Ucits retail ne serait que de 1,04% - dont 0,69% attribués aux gestionnaires - quand les 0,64% restants iraient dans la poche des distributeurs et intermédiaires.

L’étude de l’association suggère aussi que la part touchée par les gestionnaires d’actifs est moindre que celle des distributeurs et intermédiaires financiers sur les frais payés par les particuliers européens investis dans des fonds indiciels (35% contre 38%). Sur un fonds indiciel actions, les sociétés de gestion toucheraient 0,19% des frais contre 0,21% pour les distributeurs quand leurs parts respectives sur les frais d’un fonds indiciel obligataire seraient de 0,18% et 0,19%.

Prudence sur un éventuel découplage

L'Efama invite néanmoins à la prudence sur un éventuel découplage voire démantèlement des différents frais des fonds Ucits qui verrait possiblement le modèle actuel (tout est payé au gestionnaire avant qu'il ne procède aux rétrocessions pour les distributeurs et les intermédiaires, ndlr) être remplacé par un modèle de frais de conseil externalisé. Cela ne réduirait pas nécessairement les coûts totaux de distribution et de conseil, avertit l'association qui se base sur l'exemple britannique.

La Financial Conduct Authority avait conclu dans une étude sur l'impact de la révision de ses règlementations en matière de distribution pour les particuliers et de conseil financier qu'un conseiller financier chargeait 2,4% du montant investi par le particulier pour son conseil initial puis 0,8% par an pour son conseil de suivi.

«Nous mettons en garde la Commission contre toute décision hâtive visant à démanteler le modèle de distribution existant dans l'UE, sans faire d'évaluation prudente et holistique sur les impacts qu'une interdiction des rétrocessions pourrait avoir. Les effets d'une telle interdiction sur le montant total payé par les investisseurs particuliers et son impact sur la fourniture et l'utilisation de conseil financier doivent être évalués, en prenant en compte les diverses structures de marchés et habitudes de consommations dans les différents pays membres», soutient l'Efama.

L'association considère par ailleurs que le conseil financier est indispensable pour accroître la participation des particuliers aux marchés de capitaux européens, en plus de documents d'information améliorés et d'une plus grande littérature financière.

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