L’idée d’une union des marchés de capitaux européenne à la relance

Europe
Le 07/06/19 à 06h17

par

Adrien Paredes-Vanheule

Les partisans d’une plus grande intégration des capitaux au sein de l’UE élèvent la voix pour soutenir la concrétisation de l’union des marchés.
Panel à l'European Investors Day de Bruxelles organisé par L'Agefi et Politico
©L'Agefi

Les eurodéputés de la mandature 2019-2024 viennent à peine d’être élus ou réélus et les prochains titulaires des hauts postes pas encore connus que voilà ranimée l’idée de concrétiser une union des marchés de capitaux en Europe.

Six anciens politiques et haut fonctionnaires européens, dont l’ancien premier ministre italien Enrico Letta, l’ex-vice-présidente de la Commission Européenne Viviane Reding et l’ancien-vice-président de la BCE et gouverneur de la Banque de France Christian Noyer, veulent en tout cas croire que la législature 2019-2024 sera la bonne.

Ils se sont ainsi mués en diplomates de l’union des marchés de capitaux en annonçant jeudi 6 juin le lancement du projet Markets4Europe. Celui-ci vise à promouvoir les réformes stratégiques nécessaires au développement et à l’intégration totale des marchés de capitaux au sein de l’Union européenne. 

« Cinq ans après le début d’une série de réformes au sein de l’Union européenne, les marchés de capitaux de l’UE sont toujours aussi faibles et fragmentés. La création d’une union de marchés de capitaux réellement développée et intégrée est à notre portée mais seulement si l’UE s’embarque dans les réformes sérieuses nécessaires. Ces réformes doivent être construites sur un consensus solide de l’UE toute entière et doivent commencer dès maintenant », souligne le groupe dans un communiqué.  

L’objectif affiché de Markets4Europe est de travailler main dans la main avec les décideurs économiques et politiques européens pour supprimer tout obstacle à l’union des marchés de capitaux selon ses fondateurs, qui incluent aussi l’ancien ministre des finances allemand Peer Steinbrück ainsi que l’ex-première ministre adjointe croate Martina Dalić et un précédent vice-président de la BCE et ex-gouverneur de la Banque du Portugal Vítor Constâncio. Markets4Europe proposera ses réformes dans un rapport qui sera publié d'ici novembre prochain.

L’AMF dégaine ses propositions

L’Autorité des Marchés Financiers, elle, n’a pas attendu pour faire connaître ses premières pistes de réflexion puisqu’elle les a publiées dès hier, jeudi 6 juin. Souhaitant contribuer à l’agenda 2020-2024 de la nouvelle législature, l’AMF fait le vœu d’une concrétisation des ambitions européennes en matière de finance durable dans le but de « réorienter les flux financiers pour soutenir la transition énergétique, environnementale, et sociale de nos économies ».

L'AMF plaide pour une simplification voire une refonte des textes européens sur la gestion d’actifs (AIFM, MiFID 2, PRIIPS).

La mise en place d’une stratégie digitale européenne pour les services financiers est également suggérée par le régulateur qui propose aussi de revoir les régimes encadrant les relations de l’Europe avec les pays tiers dans les différents textes sur les services financiers. 

« Ces axes de travail dans leur ensemble doivent donner un nouveau souffle à l’Union des marchés de capitaux et répondre aux besoins de développement des entreprises. », estime l’AMF dans un communiqué, parlant de propositions « pragmatiques » qui auront aussi pour but de favoriser une plus large convergence dans la supervision des acteurs.

Le régulateur des marchés financiers français plaide également pour une simplification voire une refonte des textes européens sur la gestion d’actifs (AIFM, MiFID 2, PRIIPS) lorsque la commission européenne procédera à leur révision.

« Ainsi, à l’occasion de la revue de la directive AIFM, la rédaction d’un texte définissant un socle commun de règles pour les acteurs de la gestion d’actifs, plus clair et harmonisé pourrait être envisagé (...) Elle s’exprime également en faveur d’une revue ciblée de la directive MIF2 pour revoir certaines dispositions au vu des constats faits et prendre en compte les effets de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne », explique l'AMF.

L’AMF souhaite enfin une revue des exigences de reportings pour « éviter duplications et incohérences ».

Pas de finance durable sans union de capitaux

Plusieurs intervenants au premier événement European Investors Day organisé le 6 juin à Bruxelles par L’Agefi avec Politico, ont eux aussi défendu la nécessité d’une union des capitaux de marchés en Europe.

Pour le vice-président de la Commission européenne chargé des emplois, de la croissance, des investissements et de la compétitivité Jyrki Katainen, il semble ainsi « évident que l’UE sera beaucoup plus intégrée d’ici deux ans »

L’ex-premier ministre finlandais a ajouté que « toute chose liée à l’union des marchés de capitaux ou l’union bancaire repose sur la confiance » et confié ses doutes à propos de la situation actuelle en Italie qu’il estime être « un poison pour l’intégration européenne ».

Sans stabilité financière, on ne peut combattre les problématiques liées au changement climatique.

Olivier Guersent, directeur général de la FISMA

Cette union revêt un caractère important pour la bonne réussite du futur plan de pension pan-européen (PEPP) dont la première mouture livrée en avril a été qualifiée de « décevante » par le directeur général du think-tank CEPS Karel Lannoo, relevant que la Commission européenne avait fait du PEPP – dans sa première version - « un produit fragmenté difficile à exporter en Europe. »

Mais pas d’union possible sans stabilité financière, a prévenu Olivier Guersent, directeur général de la Direction générale Stabilité financière, services financiers et Union des marchés de capitaux (FISMA). L’idée ne peut fonctionner avec une intégration trop libre des superviseurs locaux en Europe selon lui.

D’après le directeur général de la FISMA, une union des marchés de capitaux constitue aussi un prérequis à l’épanouissement de la finance durable en Europe. « Nous devons rediriger les investissements privés vers les projets de long-terme durable », a-t-il martelé avant d’affirmer que « sans stabilité financière, on ne peut combattre les problématiques liées au changement climatique ».

Même son de cloche du côté de Sirpa Pietikainen, députée finlandaise au parlement européen représentante du groupe de centre-droit PPE, qui en matière d’investissement durable et de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, propose une approche s’appuyant sur la science et qui ferait prendre en compte aux investisseurs comme aux compagnies « le coût de l’inaction ». « Si vous n’agissez pas maintenant, quel sera le coût plus tard ? Et ce coût prend plusieurs formes : économique, environnemental, sanitaire, … », a-t-elle dit.

Sirpa Pietikainen se prononce également pour intégrer plus de vert dans la notation crédit, notamment les souverains, suggérant que cela pourrait amener les pays les plus pollueurs en Europe comme la Pologne à changer son fusil d’épaule sur la question du charbon. Bâle III et Solvabilité II doivent faire l’objet d’une révision également selon elle.

A propos de la nouvelle composition du parlement européen, la députée finlandaise a souligné que l’institution était « en même temps plus verte et ne l’est pas davantage », arguant que le parlement était encore plus divisé.

La Finlande prendra la présidence tournante de l'Union européenne, du 1er juillet au 31 décembre 2019. 

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