Hermin Hologan, associé EY France

"Dans la chaîne de valeur de l’asset management, le pouvoir est désormais aux distributeurs"

Monde
Le 25/03/19 à 07h05

par

Réjane Reibaud

Hermin Hologan, associé EY France et responsable des métiers de la gestion d’actifs, revient pour NewsManagers sur les mouvements de concentration des assets managers en France et en Europe. Le cabinet était l'un des conseils d'Amundi pour son opération sur Pioneer.
Hermin Hologan - EY France
Associé
Hermin Hologan

L’acquisition de Pionner par Amundi est-elle une opération pouvant inspirer d’autres sociétés de gestion françaises ?

J’en suis persuadé. La fusion entre Pioneer et Amundi a été un véritable succès. Elle a permis à Amundi de passer la barre des 1.000 milliards d'euros d’encours sous gestion et de faire partie de l’échiquier mondial des 10 plus grands asset managers, en étant désormais le 1er acteur européen. Surtout, elle a fait de lui le gestionnaire disposant d’un des meilleurs coefficient d’exploitation au monde, à 52%, contre une moyenne de 60 à 75% en France. Tout cela grâce aux économies d’échelle réalisées dans le cadre de leur modèle intégré.

Les regroupements transfrontières plus nombreux sont-ils possibles ?

Oui tout à fait. Peut-être même à l’image de celui d’Amundi, qui avec l’intégration de Pioneer a désormais accès à un réseau de distribution supplémentaire via la banque Unicredit (ancienne maison-mère de Pioneer, ndlr). On voit bien que dans la chaîne de valeur de l’asset management, le pouvoir est désormais aux  distributeurs. Qui dit distributeur, dit réseau de distribution et clients finaux. Si on ajoute à cela la volonté des asset managers de développer le D2C – Direct to Consumer – à travers des produits spécifiques et/ou des plateformes de robo advisory alors les asset managers auront tout intérêt à se rapprocher des réseaux s’ils veulent créer de la valeur. Et cela vaut même pour des réseaux non financiers. Ou dits non traditionnels. Prenez l’Inde, l’Indonésie ou la Malaisie par exemple. Il existe de nombreux conglomérats développant des activités dans des secteurs différents, notamment de distribution. Mais la société financière de ce conglomérat arrive à vendre dans les autres activités du conglomérat grâce aux synergies développées. Je pense que c’est ce type de partenariats qui se développera le plus en Europe : c’est ce que nous appelons chez EY le « sector convergence ». Pour la France, je pense qu’il y aura encore des regroupements. Peut-être encore 2 ou 3 dans les asset managers qui gèrent plus de 50 milliards d’euros.

Les rapprochements significatifs dans la gestion d’actifs n’entrainent-ils pas le départ de de nombreux gérants, faisant peser un risque opérationnel ?

Dans l’environnement actuel de faiblesse des taux d’intérêt, de tensions sur la croissance économique et de performances décevantes des fonds, de croissance des coûts liés à la mise en œuvre des différentes réglementations, les sociétés de gestion doivent faire évoluer leur modèle opérationnel car la recherche d’Alpha devient de plus en plus compliquée. On observe une polarisation plus forte entre l’Alpha et le Beta, cela explique aussi le renforcement de la gestion passive, moins coûteux en frais pour les clients et l’existence de deux modèles opérationnels ; à savoir les modèles intégrés ou les modèles multi-boutiques. Face à ces enjeux, les gestionnaires d’actifs font évoluer leur modèle opérationnel, notamment par la standardisation des processus de gestion, parfois la réduction du nombre de gérants, la rationalisation des gammes, mais aussi par le développement de la gestion passive par rapport à la gestion active.

Ce modèle s’impose parce que le comportement des clients a changé. Ils veulent ce que l’on appelle la « value for money ». Cela veut dire qu’ils acceptent de payer davantage de frais de gestion, à condition seulement d’avoir de la performance. Et pour trouver cette performance, ils se tournent vers des produits plus complexes et/ou moins liquides. Aussi, les gestionnaires d’actifs font appel à de nouveaux profils, plus spécialisées comme sur la dette privée ou émergente qui retrouvent un réel appétit des investisseurs.

Ne risque-t-on pas de voir le métier de gérant disparaître dans les grandes sociétés de gestion ?

Les gérants vont être moins nombreux mais ils ne vont pas disparaître, seulement être plus efficaces. Les nouvelles technologies et la transformation digitale bouleversent considérablement l’univers de la gestion d’actifs.. Par exemple, les grands asset managers sont organisés en centres d’expertises. Et aujourd’hui, l’intelligence artificielle va un cran plus loin. Avec elle, est né le concept de « gérants augmentés », un peu comme la biomédecine a fait naître le concept de l’homme augmenté.

Face à la recrudescence des données, un seul homme, ou même toute une équipe ne peuvent pas tout analyser. C’est pourquoi il faut doter les gérants de nouveaux outils pour faire de la recherche augmentée par exemple. Ces outils permettent aussi de structurer les masses de données – structurées ou non structurées - , de créer de nouveaux algorithmes de gestion et de réduire les biais auxquels tout humain peut être soumis. C’est exactement ce que font les robo-advisors avec les algorithmes de gestion

Alors où se trouve la place des gérants face aux robo-advisors ?

Dans la gestion, il ne faut pas oublier qu’il s’agit principalement de l’épargne des individus et qu’ils ne confieront jamais en masse leur argent, surtout celui de leur retraite, à des robo-advisors et/ou des plateformes automatiques. Les particuliers ont pris l’habitude de réserver leurs voyages par Internet ou de faire leurs achats. Mais je reste persuadé qu’ils ont besoin d’échanges et de conseils pour prendre des décisions qui les engagent sur le long terme. Certes on voit bien que les clients sont très à l’écoute des nouveaux usages, mais il leur faut aussi du conseil et surtout de la confiance quand il s’agit de gérer leur épargne et leur retraite de demain. Or, c’est ce qu’il manque aux robo-advisors qui sont encore des start-ups parfois inconnues du grand public. C’est pourquoi elles n’arrivent pas vraiment à décoller en terme de collecte et donc d’actifs gérés. Prenez Yomoni par exemple qui a dû faire entrer le Crédit Mutuel Arkéa à son capital. Mais mettez le savoir-faire de ces robots au sein d’un grand groupe bancaire et, là, il y aura de la collecte car ils auront accès ainsi à leur réseau de distribution. Ils pourront alors développer le modèle D2C en créant aussi de nouveaux usages et notamment une dimension de « gamification » et «d’éducation» des investisseurs.

Aux Etats-Unis pourtant les robo-advisors comme Wealthfront semblent avoir décollé ?

Wealthfront, c’est désormais plus de 11 milliards d'euros d'encours et donc un beau succès. Wealthfront a mis au point de nouveaux outils pour les particuliers. Par exemple, avec E’toro, ils mettent leurs clients en contact avec une communauté de gens qui ont le même profil. Chacun peut discuter avec une autre personne ayant les mêmes problématiques de vie et le même scoring de risques pour lui demander des conseils et son retour d’expérience. Cette façon de créer de nouveaux usages très dynamiques est plébiscitée par les clients. Mais évidemment cela demande des investissements et une nouvelle façon de travailler pour les asset managers pour mieux appréhender les comportements et les besoins de leurs clients. 

 

 

Les services financiers d'EY en France

1er cabinet en France sur le secteur financier

3 industries couvertes : banque, assurance et gestion d’actifs.

1.300 personnes autour de 4 lignes de métier : l’audit, le conseil, la transaction, le juridique et fiscal.

200 personnes dédiées à la gestion d'actifs

Prestataire notamment des 20 plus gros asset managers français

 

Testez gratuitement NewsManagers pendant 4 semaines !

Suivez l’actualité de l’asset management en temps réel et recevez notre newsletter quotidienne dès 8h30