"Dans un univers post-Brexit, la France sera LA place de la gestion d’actifs"

France
Le 05/06/19 à 11h36

par

Adrien Paredes-Vanheule

Matthieu Duncan, directeur général d'Ostrum Asset Management, explique à NewsManagers son nouveau rôle de vice-président en charge de l'action de l'Association française de la gestion financière (AFG) à l'international. Il a endossé ce rôle dans la foulée de la réélection d'Eric Pinon à la présidence de l'AFG.
Matthieu Duncan - AFG
Matthieu Duncan, nouveau vice-président de l'AFG

NewsManagers : Quelles seront vos missions en tant que vice-président de l’AFG chargé de l’international ?

Matthieu Duncan : L’AFG a jusqu’ici toujours évolué dans une relation de président-vice-président. La nouveauté avec la réélection d’Eric Pinon, c’est que nous passons d’un à deux vice-présidents. Eric pense que la dimension internationale est plus importante que jamais à l’AFG. J’animerai donc l’action de l’association en Europe et à l’international. Je travaille en France depuis plus de trois ans en qualité de directeur général d’Ostrum Asset Management et j’ai 29 ans d’expérience dans les marchés financiers et la gestion d’actifs, dont la majorité a été acquise à l’étranger. J’ai accepté ce rôle car j’avais le sentiment que c’est une bonne manière pour moi d’être utile à l’industrie de la gestion d’actifs française.

Comment positionnez-vous la France dans le paysage européen et mondial de la gestion d’actifs ?

Paris est une place très importante en Europe continentale car il s’agit de la place numéro un en termes d’encours gérés et de nombre de sociétés de gestion. Seul le Royaume-Uni est devant la France en Europe.  Dans un univers post-Brexit, la France sera LA place de la gestion d’actifs. Ses atouts sont connus de longue date. De gros acteurs de la gestion d’actifs se sont implantés à Paris ainsi que des sociétés de gestion entrepreneuriales dynamiques. Nous regorgeons de talents. C’est, je pense, le fruit du système éducatif français. Les jeunes diplômés sortent des écoles avec des compétences analytiques et quantitatives exceptionnelles, ce qui amène les professionnels français à évoluer à des postes-clé au sein des sociétés de gestion ici ou ailleurs.

Le Brexit pourra-t-il vous permettre de retenir ces talents français ?

C’est un peu trop tôt pour en juger. Le processus du Brexit prend plus de temps qu’initialement prévu et il est jusqu’alors très désorganisé. Il faudra en évaluer les effets sur une période plus longue.

Comment comptez-vous faire face à la concurrence de Luxembourg et de Dublin dans cet univers post-Brexit ?

Personne ne sait vraiment qui bénéficiera du Brexit. Nous ne sommes pas dans une situation gagnant-gagnant, gagnant-perdant ou perdant-perdant. Les itérations sont nombreuses et l’impact se répandra sur l’Europe entière. Tout le monde essaye de se positionner en amont mais il est trop tôt pour tirer une quelconque conclusion.

L’AFG veut passer au niveau supérieur.

Comment la gestion d’actifs française peut-elle capter une partie du patrimoine des clients fortunés basés dans les marchés émergents, notamment chinois ?

Le métier de la gestion d’actifs peut s’exporter. C’est un métier qui apporte une grande valeur ajoutée et qui repose sur une industrie de personnes. Peu importe où votre gestion est basée dans le monde, ce qui importe pour les investisseurs, c’est la qualité du service rendu et du rendement qui va avec. Les plus grands investisseurs institutionnels au monde utilisent différents moyens pour les aider à identifier les meilleurs gérants à l’international. Au sein de l’AFG, nous pensons que dans le contexte d’une gestion d’actifs globalisée, la place de Paris a beaucoup à offrir. L’une de nos missions demeurera de faire rayonner la gestion pour compte de tiers française à l’international.

Votre nouveau rôle va-t-il pousser l’AFG à renforcer ses événements et réunions dédiés au développement international ?

Tout à fait. Nous venons de créer le « club export » dont la première réunion s’est tenue la semaine dernière avec pour sujet la fiscalité transfrontalière. L’AFG veut passer au niveau supérieur et ce  « club export » englobe les événements existants comme les réunions pays et celles organisées dans les ambassades de France à l’étranger. De nouvelles initiatives viendront soutenir le développement de nos membres hors de France. Nous bénéficions déjà d’une présence permanente à Bruxelles et l’AFG reconduira la délocalisation de son comité stratégique une fois par an à Bruxelles. Ces activités se poursuivront en complément d’autres événements pour accroître notre présence à l’international. Nous continuerons aussi naturellement à être très actifs au sein de nos organisations européennes, l’EFAMA et PensionsEurope.

Nous assistons parfois à des évolutions réglementaires trop rapides à cause d'amalgames.

Sur le plan de la réglementation, pensez-vous que les enjeux globaux soient suffisamment pris en compte dans les directives européennes ?

Les choses peuvent s’améliorer. On entend dans différents discours institutionnels des amalgames entre les métiers du secteur financier. Certes nos métiers sont interconnectés mais la gestion d’actifs est un métier distinct de l’assurance ou de la banque. Nous assistons parfois à des évolutions réglementaires trop rapides à cause de ces amalgames. Celles-ci peuvent déboucher sur des conséquences inattendues dérivant de certains textes comme cela a été le cas avec MiFID II. C’est un sujet sur lequel l’AFG restera vigilante. Il faut aussi digérer le tsunami réglementaire de ces dernières années, faire le bilan du volume considérable de réglementations entrées en vigueur et de la vitesse à laquelle elles ont été appliquées. Une partie de la mission de l’AFG est de faire valoir nos intérêts à l’échelle européenne, en intervenant le plus en amont possible sur les réflexions qui façonneront notre réglementation. Souvent les principes de la réglementation sont bons mais les textes de mise en œuvre posent de redoutables problèmes.

Quelles doivent être les priorités de la future commission des affaires économiques et monétaires au Parlement européen pour l’AFG?

Il est difficile de cibler un élément en particulier. Néanmoins, les questions de finance durable, de retraite individuelle et celles liées au Brexit devraient en faire partie. La réouverture des directives et règlements fondamentaux entrés en vigueur ces dernières années, tels que UCITS, AIFM, MIFID, PRIIPS, devraient également être une priorité.  Il faudra en tous cas veiller à ce que la réglementation européenne prenne davantage en compte les enjeux de compétitivité.

L’idée d’un label ISR européen prend forme. Quel regard l’AFG porte-t-elle sur l’éventuelle création d’un tel label ?

La finance durable est un sujet clé que pilote Philippe Setbon au sein de l’AFG. Une consultation est en cours concernant l’Ecolabel qui pourrait être étendu aux produits financiers. Plus globalement, l’idée d’un label ISR européen est positif. Mieux vaut un label transposable dans toutes les juridictions européennes plutôt que 10 labels. Il faudra étudier les critères d’obtention du label, choisir l’entité qui le décernera et trouver un consensus avec nos homologues européens. Les dernières élections européennes ont montré que l’opinion publique a pris conscience des dangers liés au changement climatique et des problématiques environnementales. Nous gérons les actifs de millions d’individus. Leurs inquiétudes doivent être les nôtres.

Biographie de Matthieu Duncan

Matthieu Duncan est directeur général d’Ostrum Asset Management. Il a débuté sa carrière professionnelle dans le secteur financier chez Goldman Sachs où il a occupé entre 1990 et 2003 différentes fonctions dans le secteur des marchés de capitaux à Paris et à Londres.

Il a ensuite exercé, de 2004 jusqu’à 2015, plusieurs fonctions dans le domaine de la gestion d’actifs à Londres : directeur de la gestion actions chez Cambridge Place IM, responsable de la stratégie de développement et membre du conseil d’administration chez Newton IM (groupe Bank of New York Mellon) et directeur des opérations et membre du conseil d’administration chez Quilter Cheviot IM.

Matthieu Duncan possède la double nationalité française et américaine. Il est titulaire d’un MBA de l’Université du Texas (Austin) et d’un diplôme en économie d’entreprise de l’Université de Californie (Santa Barbara).

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