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Arnaud Gihan - iShares France

"Le chantier de l'indexation obligataire nous offre un potentiel énorme"

France
Le 17/05/19 à 17h48

par

Erick Jarjat

Arnaud Gihan, qui a pris la direction de l'activité iShares de BlackRock en France il y a environ un an, présente pour NewsManagers un premier bilan des derniers mois et évoque les principaux chantiers de développement, notamment la gamme ESG
Arnaud Gihan
Arnaud Gihan - iShares France
Director
Arnaud Gihan

NewsManagers : Vous avez pris les rênes d’iShares en France il y a environ un an. Quelles ont été vos priorités ces douze derniers mois ?

Arnaud Gihan : Nous avons notamment repensé la gamme ESG (environnement, social et gouvernance). Dans le passé, tout ce qui touchait l’ESG était dans un seul panier. Aujourd’hui, le marché est un peu plus mature et les clients institutionnels savent un peu plus ce qu’ils veulent mais ils ne veulent pas tous la même chose. Il y a environ un an, nous avons réalisé un sondage auprès de 130 investisseurs professionnels en Europe qui nous a permis de faire remonter l’état d’avancement des travaux et des réflexions sur le sujet de l’ESG et de pouvoir mieux comprendre leurs motivations et contraintes. Dans ce contexte, on a identifié trois catégories : ceux qui sont contraints de le faire, Article 173 oblige notamment; ceux qui veulent exprimer des valeurs propres à leur société sans se cantonner à la performance financière; et enfin, depuis environ dix-huit mois, ceux qui ont analysé la relation entre l’extra-financier et le financier et conclu qu’investir dans les sociétés qui intègrent moins bien les impacts long terme ESG permet d’améliorer la performance financière.

Comment se présente alors votre nouvelle offre ?

Premier résultat de nos réflexions et du sondage évoqué, le développement d’une gamme lancée en octobre dernier, iShares ESG Screened qui intègre des exclusions simples sur les expositions actions traditionnelles. Donc, une approche standard mais qui ne l’était pas encore dans le cadre d’un format ETF. Deuxième catégorie lancée au début du mois de mars: ESG Enhanced, pour aller un peu loin que les exclusions pour exprimer les convictions de l’investisseur, avec un double objectif, la réduction de 30% de l’empreinte carbone et une optimisation qui permet d’augmenter les scores ESG du portefeuille. Nous le faisons avec MSCI avec cette optimisation à la clé et un budget de tracking record maîtrisé de 50 points de base sur les actions des marchés développés.

Qu’en est-il des frais ?

Les frais ne sont pas plus élevés que sur une gamme core traditionnelle. Pour la famille ESG Screened par exemple, les frais vont de 7 points à 20 points selon les expositions, 7 pb sur les actions américaines, 12 pb sur les actions européennes, les actions émergentes et japonaises étant plus proches de 20 pb. Sur la famille iShares Enhanced, on est dans les mêmes proportions avec 3 pb supplémentaires pour la partie optimisation.

Passons à la troisième catégorie.

Il s’agit de la famille SRI, lancée avant les deux autres, qui décline une approche best-in-class. Nous ne gardons que les 25 meilleures sociétés en termes de score ESG selon une approche sectorielle. Au sein de la classe énergie, par exemple, certaines sociétés font de véritables efforts qui méritent d’être mis en exergue. Cela dit, en éliminant 75% des sociétés par secteur, on dévie nettement des indices traditionnels et sans être dans l’activisme, on exprime encore davantage des valeurs extra-financières. Nous avons une dernière catégorie lancée il y a deux ans, l’impact investing, qui pour l’instant peut difficilement être indexée et dans laquelle on va retrouver des green bonds.

Comment se situe Paris dans le dispositif de BlackRock en Europe ?

Nous disposons depuis l’an dernier d’une plateforme alternative à Paris avec un encours de plusieurs milliards. La plateforme Aladdin de gestion des risques continue de se développer et compte également des équipes basées à Paris. Et bien sûr, nous avons notre plateforme de vente. Au total, près d’une cinquantaine de collaborateurs contre une vingtaine il y a encore trois ans, dont 50% sur la partie distribution. Ces dernières années, les bureaux en Europe continentale se sont largement étoffés dans une logique de décentralisation qui s’inscrit tout naturellement dans notre stratégie.  Nous sommes présents à peu près partout en Europe continentale et non plus sur une modèle de vendeurs couvrant un pays d’Europe continentale à partir de Londres. C’était le modèle il y a dix ans !

Quelles sont les caractéristiques du marché français ?

Le marché français est un peu différent des autres marchés dans la mesure où il est très institutionnel. Au Royaume-Uni, en Allemagne ou en Suisse, la proportion retail ou wealth des encours est beaucoup plus importante avec une accélération au cours des deux dernières années en raison de la réglementation MIF II. Ce mouvement touche moins la France où l’assurance vie est soumise à une réglementation différente. 

Dans la catégorie institutionnelle, nous avons beaucoup d’assureurs qui ont adopté depuis longtemps des techniques de gestion indicielles. Aussi bien sur les actions que sur les obligations. Ils ont déjà des expertises poussées sur les actions et obligations européennes mais ils nous attendent sur les Etats-Unis ou les émergents pour diversifier leur allocation. La dette émergente est la catégorie qui a le plus collecté depuis le début de l’année. La conjoncture explique en partie cet engouement qui toutefois est également lié au niveau de l’expertise interne, moins fournie sur cette classe d’actifs.

Quid des encours ?

On raisonne d’abord au niveau européen avec environ deux tiers wealth et un tiers institutionnel alors qu’on était plutôt sur du 50/50 avant les changements réglementaires au Royaume-Uni (RDR) et en Europe (MIF II). En France, on est plutôt sur deux tiers institutionnel et un tiers wealth. La digitalisation, déjà bien avancée en Allemagne, démarre en France sur le marché de la distribution avec l’émergence de conseils automatisés (robot).

Comment est organisée votre recherche ESG ? Vous avez mentionné MSCI mais avez-vous une équipe dédiée en interne ?

Nous avons les deux. En interne, nous avons BSI, BlackRock Sustainable Investing, qui comprend un pôle de recherche, -une vingtaine de collaborateurs dans le monde dont deux à Paris-, qui se développe depuis sa création il y a deux ans, avec l’objectif d’évaluer la matérialité financière des facteurs de l'environnement, du social et de la gouvernance. Et nous avons plusieurs fournisseurs de données : outre MSCI, Sustainalytics, Refinitiv, RepRisk et ISS Ethix. Nous voulons faire un pont entre les différents fournisseurs de façon à identifier les différentes nuances de leurs approches et de pouvoir les agréger. Nous sommes actuellement dans cette phase. 

Comment vous situez-vous dans le paysage européen?

En Europe, l’offre d’ETF ESG comprend environ 300 produits. iShares compte 28 produits, soit près de 10% des produits. Nous n’en sommes pas encore à 10% des encours, les réflexions étant encore très présentes chez les investisseurs mais la tendance est à la hausse.  Pour iShares, qui a attiré 1,35 milliard de dollars sur l’ESG en Europe l’an dernier, la collecte ESG depuis le début de l’année atteint quelque 620 millions de dollars pour un encours d’environ 3,8 milliards de dollars contre un peu moins de 3 milliards de dollars fin 2018. Les actifs des ETF ESG en Europe s’élèvent à près de 11,5 milliards de dollars, soit une part encore modeste sur un encours de plus de 800 milliards de dollars. Mais nous prévoyons un encours ESG de 250 milliards de dollars à un horizon de 10 ans, soit une multiplication par vingt.

Quelle est la place de l’obligataire dans votre offre ?

L’obligataire représente une part significative de la collecte. Notamment parce que le sondage évoqué plus haut montrait bien que sur la partie obligataire, on observe un impact minimal en termes de performance lorsqu’on exclut certaines sociétés. Mais l’offre reste encore modeste, avec pour ce qui nous concerne seulement quatre produits contre 24 pour les actions.

Vous allez donc étoffer la partie obligataire ?

Cela fait partie de nos projets, sans que le calendrier soit totalement arrêté. Nos efforts vont se porter dans un premier temps sur la partie high yield. Dans cet univers, les sociétés ne sont pas forcément cotées et il y a donc un gros travail sur les données. Il faut que nos fournisseurs puissent intégrer davantage d’informations. Plus généralement, le chantier de l’indexation obligataire, en gestation depuis quelques années, nous offre un potentiel énorme. La représentation des ETF dans les encours est encore très faible mais la croissance des encours d’ETF obligataires est presque deux fois supérieure à celle des actions. Et cette année, une bonne partie de la collecte se porte sur l’obligataire, entre autres émergent et en dette euro, sur le segment corporate. 

L’autre grand chantier, c’est l’investissement factoriel. Le marché a intégré le factoriel dans une démarche de gestion des risques, et d’analyse d’attribution de performance. Il y a trois ans, on cherchait les biais factoriels à l’origine de la performance. Ensuite, on s’est demandé si on pouvait associer un régime économique à une allocation qui serait plus efficiente en termes factoriels, d’où par exemple la mise en place de stratégies de rotation factorielle permettant d’optimiser les rendements. Les approches "minimum volatility" ont une collecte significative par exemple dans cette phase de ralentissement du cycle. Toujours dans un objectif d’optimisation, on peut même envisager d’évaluer le momentum au sein des différents facteurs.

Notre offre devrait s’enrichir du côté des marchés émergents avec l’intégration de la Chine et de marchés frontières prenant le statut de marchés émergents dans les grands indices Footsie, MSCI… 

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