David Letellier - Actis AM

"Les PRI sont essentiels aujourd’hui, sans pour autant changer notre processus de gestion"

France
Le 04/07/19 à 07h09

par

Jean-Loup Thiébaut

David Letellier, directeur général délégué et directeur de la gestion d'Actis AM, revient sur le développement de la société et la récente signature des PRI.
David Letellier - Directeur général délégué et directeur de la gestion d'Actis AM

Comment est né Actis AM ?

J’ai rejoint Actis en 2008 dans la cadre de la création d’Actis Asset Management dont l’agrément datait de fin 2006. J’y ai apporté, dans un premier temps, mon savoir-faire en gestion collective à la clientèle patrimoniale de Georges Saurel, son président-fondateur. Un de nos objectifs était de développer une clientèle exigeante d’investisseurs institutionnels ayant des spécificités métiers, que je connaissais déjà très bien compte-tenu de mes expériences précédentes. Dès la première année, nous avons gagné notre premier mandat institutionnel. Aujourd’hui, sur les 800 millions d'euros que nous gérons, 300 millions proviennent de nos sept fonds ouverts. Les mandats totalisent 500 millions d’euros.

L’équipe de gestion s’est enrichie en 2010 avec l’arrivée d’Alexandre Ferci, puis en 2016 avec Christophe Gautier et enfin Maxime Bouin en 2018 en tant qu’analyste et risk manager. Les gérants ont tous des parcours de gestion différents, ce qui nous permet d’être complémentaires en matière de connaissance des classes d’actifs.

Comment arrivez-vous à vous différencier sur le segment des investisseurs institutionnels ?

Nous nous positionnons comme un spécialiste de la gestion du risque et mettons en avant notre bonne connaissance de leur métier. Dans les mandats institutionnels qui nous sont confiés, nous gérons en fonction des contraintes réglementaires et financières des investisseurs, de leur passif, de leur marge de solvabilité… Nous avons par exemple des objectifs de volatilité, de résultat comptable, de SCR… Nos fonds sont également gérés en fonction de contraintes de risques clairement définies. Dans un fonds comme Alterna Plus, qui est un fonds multi classes d’actifs, nous nous attachons, à ne pas superposer les couches de risques. Nous appréhendons les actions, les obligations high yield, les convertibles, les devises… comme une seule et même poche de risque / rendement satellite. Nous évaluons chaque prime de risque par classe d’actifs et choisissons leur pondération dans cette poche. Parallèlement, nous gérons une poche crédit investment grade principale. Puis, nous décidons du poids des deux poches par rapport à notre acceptation du risque global.

Côté technique réglementaire, nous proposons l’unique fonds UCITS « SCR Optimum » qui permet aux investisseurs soumis à Solvabilité 2, à la fois de ne pas alourdir leur SCR (Solvency Capital Requirement) et de rester neutre par rapport au marché. Cette stratégie Market Neutral ne coûte que 3% de SCR de marché en moyenne, soit bien moins cher en capital qu’un hedge fund ou une stratégie de couverture classique.

Comment vos stratégies de performance absolue se comportent-elles dans l’environnement économique actuel ?

Comme l’essentiel de la catégorie, nos performances sont en-deçà de nos objectifs depuis un an. Des banques centrales trop accommodantes, des programmes de rachats d’actions par les sociétés et des fonds de momentum (ETF ou CTA) ont tiré la collecte depuis janvier et distordent les prix et l’efficience même des marchés boursiers. Ces deux principaux soutiens auto-alimentent les tendances à la hausse, comme à la baisse. Nous constatons d’importants écart-types au sein des indices, et les valeurs les plus performantes en termes boursier devront rapidement délivrer, sous peine de décevoir. Cette hausse constante des actions est également alimentée par les taux directeurs négatifs, car les banques centrales se résignent à stabiliser le marché à chaque turbulence. L’approche prudente qui caractérise notre gestion, profitera largement de la normalisation qui se fait attendre, mais le retournement sera rapide et violent comme à chaque changement de paradigme.

Par rapport aux niveaux de taux, la situation est particulièrement problématique pour les assureurs. Ils doivent désormais renouveler leurs papiers obligataires, dont les rendements étaient historiquement autour de 5%, avec des obligations proches de 0% (l’OAT 10 ans de juin fut négatif, ndlr). Cela les oblige à modifier leur profil de risque, en achetant plus d’obligations d’entreprises, plus risquées et plus longues, et à transférer le risque vers les clients via les UC dans le cadre des assurances-vie. Solvabilité 2 s’oriente même vers un assouplissement pour leur permettre d’investir davantage en actions… Les institutionnels n’auront pas les armes pour faire face à une hausse brutale des taux et n’ont pas de solution obligataire face à une baisse qui se poursuit. C’est une bombe à retardement. Le jour où le taux du livret A et/ou l’inflation seront supérieurs aux rendements des fonds euro, il y aura d’importants flux sortants. Les axes de performance restants sont les supports non liquides (private equity, immobilier, infra…) ou les gestions de performance absolue comme les nôtres.

Les banques centrales se résignent à stabiliser le marché à chaque turbulence

Vous venez d’adhérer aux Principes pour l’Investissement Responsable des Nations Unis (PRI), et avez lancé récemment un fonds long/short à impact carbone. Quelle est votre stratégie dans le domaine de l’investissement responsable ?

Notre principal atout, c’est le service clé en main que nous fournissons. Quand un institutionnel veut pouvoir communiquer sur ses investissements responsables, il doit répondre à un lourd cahier des charges. Ce n’est pas toujours simple pour des petites institutions qui n’ont pas le temps ou les moyens de le faire. Dans le cadre de nos mandats, nous pouvons répondre à leurs attentes d’investissement responsable, quel que soient leurs critères. Dans les fonds ouverts, à ce jour, seule notre nouvelle stratégie Impact Carbon L/S Equity répond à une stratégie "Best Effort" de réduction de l’empreinte carbone. 

Nous avons signé les PRI pour aller vers une meilleure intégration des bonnes pratiques en termes de gestion. Les reportings très détaillés que les PRI nous demandent vont dans ce sens. Ils sont une aide pour nos équipes. Ils nous donnent des points de repère pour une gestion durable et un vecteur pour responsabiliser la profession. Les PRI sont essentiels aujourd’hui sans pour autant changer notre processus de gestion. Nous sélectionnons des entreprises en position de leadership sur leur niche. Nous donnons beaucoup d’importance à leur valorisation et sommes vigilants concernant leur niveau d’endettement. Nous apprécions notamment les sociétés avec une approche entrepreneuriale.

Comment intégrez-vous les PRI et comment calculez-vous l’impact carbone dans votre gestion au quotidien ?

Nous venons de signer les PRI et nous en sommes plutôt à répondre à leurs questionnaires. Cela dit, ce premier travail nous permet de mieux appréhender les points importants qui sont demandés par les PRI et les investisseurs au final. Côté carbone, nous calculons sur notre fonds Impact Carbon L/S Equity l’amélioration relative du ratio Gaz à Effet de Serre (GES)/Chiffre d’Affaires.

Envisagez-vous de vous diversifier vers d’autres typologies de clientèles ?

Nous travaillons principalement avec des mutuelles, des instituts de prévoyance, des assureurs, des multigérants, ainsi qu’avec notre propre gestion privée. Nous ne nous sommes pas développés sur le segment des CGP, car il nécessite une stratégie spécifique. Néanmoins, nous sommes présents sur plusieurs plateformes d’assurance-vie (LMP, Cardif, UAF, Intencial, MMA…) et nous envisageons des partenariats avec quelques groupements de CGP. Nous avons également plusieurs succès auprès des associations, fondations ou fédérations qui apprécient notre suivi sur mesure et notre approche prudente. Nous poursuivons dans cette voie.

Au niveau de la société, notre principal axe de développement va se faire sur la partie gestion privée, car nous estimons que nous pouvons nous différencier de la banque privée. Nous avons la capacité, au sein de notre family office, d’apporter une vue d’allocation et d’ingénierie patrimoniale intégrées et complètes.

Malgré un prisme institutionnel, comment Actis AM travaille avec la clientèle patrimoniale d’Actis ?

Le family office fonctionne en architecture ouverte. Au sein de la gestion privée et des mandats d’arbitrage, la part de nos fonds maison est résolument limitée, mais cela dépend des attentes du client. Nous nous attachons essentiellement à diversifier les portefeuilles à travers différentes stratégies décorrélées entre elles, dont font partie nos fonds tels qu’Alterna Plus (fonds patrimonial prudent), Rentoblig (obligataire crédit) ou TrendSelection International (actions internationales).

L’équipe de gestion effectue également de la sélection de fonds sur des zones d’expertises non couvertes en interne et jugées intéressantes ou opportunistes (notamment sur la dette émergente, le haut rendement à échéance, les obligations convertibles internationales, ou les fonds thématiques). La sélection est pratiquée par l’ensemble des gérants, ce qui permet d’éviter la spécialisation de chacun. Dans nos OPCVM, la part de fonds externes reste contenue à un maximum de 10% des encours, tandis que dans nos mandats, qui sont des stratégies pures, nous en intégrons très peu.

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