"L’intérêt pour la gestion thématique se développe du côté des institutionnels"

France
Le 11/06/19 à 06h00

par

Jean-Loup Thiébaut

Gilles Cutaya, DG délégué de CPR Asset Management, en charge du développement international, du marketing et de la communication, et Vafa Ahmadi, directeur des gestions actions thématiques, expliquent à NewsManagers le process de création des fonds thématiques qui ont fait le succès de CPR AM.
Gilles Cutaya, directeur général délégué en charge du développement international, du marketing et de la communication, et Vafa Ahmadi, directeur des gestions actions thématiques

Gilles Cutaya, le DG délégué de CPR AM, chargé du développement international, du marketing et de la communication, nous accueille dans son bureau du boulevard Pasteur, en compagnie de Vafa Ahmadi,  directeur des gestions actions thématiques, dont le floor se situe à quelques pas de là. Au bord de la fenêtre, les magazines généralistes et les journaux économiques et financiers forment une chaîne de montagne. A quelques encablures, sur la toiture du troisième étage, des apiculteurs s’affairent à traiter des ruches urbaines.

Comment naissent les idées de gestions thématiques ?

Gilles Cutaya : C’est un travail collaboratif et structuré. Les idées et les contributions émanent de plusieurs sources : la gestion, le marketing, mais aussi nos clients. Nous lisons beaucoup la presse, la recherche interne et externe, les productions académiques, afin de comprendre les grandes tendances fondamentales qui bouleversent les économies et les sociétés. Il ne se passe pas une semaine sans que nous discutions des grandes tendances et d’idées de produits dans nos services et entre les services. Quand une thématique émerge et fait l’objet d’un consensus, nous creusons, nous étudions la pertinence, la faisabilité. De nombreuses idées jaillissent, mais beaucoup n’aboutissent pas.

Vafa Ahmadi : Nous entretenons également un dialogue permanent avec nos clients pour faire naître des idées, co-concevoir mais aussi les ajuster... C’est finalement auprès de nos partenaires que nous testons l’appétit pour nos convictions.

Selon vous, qu’est-ce qui différencie une thématique valable d’une thématique inconsistante ?

G.C. : Quand nous créons un univers d’investissement, nous nous assurons qu’il soit pertinent vis-à-vis de la thématique et robuste pour traverser les différents cycles économiques. Il y a trois ans, l’équipe de gestion n’a pas trouvé suffisamment de fondements aux regards de nos exigences afin de lancer des fonds sur l’intelligence artificielle, la robotique, ou encore le big data, notamment parce qu’elle estimait que le socle de valeurs était trop étroit pour chacun de ces segments. Nous avons réfléchi ensemble à ce qui pourrait être une réponse plus complète à l’émergence des nouvelles technologies. Et nous avons trouvé le phénomène transversal à ces grandes mutations technologiques, celui de la disruption.

V.A. : L’équipe de gestion doit également s’assurer que la thématique dispose de données pertinentes. Elle a aussi l’obligation de vérifier que la thématique est pérenne dans sa substance. Nous avons abandonné des thématiques intéressantes, comme les ressources rares, dont le storytelling faisait sens, mais les études financières démontraient qu’elles ne produisaient pas de valeur. Il est nécessaire de s’assurer que la tendance est assez puissante pour capter de la valeur sur le long terme.

Comment vous organisez-vous pour passer d’une idée à un produit d’investissement ?

G.C. : Lorsqu’une idée de thématique nous paraît séduisante, nous créons une « task force » composée de membres de la gestion, de la recherche, du marketing et du commercial, qui travaille en mode projet, sous la direction de l’équipe de développement produit. La task force réfléchit à la définition de la thématique, à la composition de l’univers de valeurs, back-teste la stratégie de gestion, et, en cas de validation en comité produit, elle étudie les modalités de lancement. Grâce à notre agilité, nous pouvons nous mettre en ordre de bataille très rapidement, mais la mise en œuvre du produit peut prendre un peu plus d’un an.

Comment construire un univers thématique et mesurer la performance du portefeuille ?

V.A. : Notre processus est discipliné et rigoureux. Pour construire l’univers, nous utilisons une méthodologie mixant les approches top-down et bottom-up. En bottom-up, nous analysons les données des entreprises afin de nous assurer qu’elles soient exposées à la thématique. Nous regardons également les statistiques sectorielles, lorsque c’est nécessaire. Par exemple, les chaînes de télévision ne détaillent pas leur chiffre d’affaires en fonction de l’âge des téléspectateurs. Néanmoins, les statistiques montrent qu’il s’agit d’un médium davantage regardé par les personnes âgées. Ces entreprises sont donc adaptées à notre thématique « vieillissement de la population ». Concernant la mesure de la performance, nous utilisons les grands indices actions mondes en comparaison, comme le MSCI World, afin que l’investisseur sache si nous sommes performants par rapport au marché. Néanmoins, nous n’utilisons pas d’indice de construction de portefeuille.

Les fonds thématiques sont traditionnellement perçus comme des stratégies dédiées aux clients retails. Comment peuvent-ils s’intégrer à une gestion institutionnelle ?

G.C. : L’intérêt pour la gestion thématique est en train de se développer du côté des institutionnels. Les questions de gestion ESG ou d’investissement à impact sont prégnantes sur ce segment, et les gestions thématiques y répondent. Ce phénomène s’accélère, et nous répondons désormais à des appels d’offres sur les actions internationales. Nous sommes en due diligence avancée avec des institutionnels qui souhaitent placer notre fonds sur l’éducation et le climat (« CPR Invest - Education » et « CPR Invest Climate - Action », ndlr) dans leur poche cœur. Certains assureurs pensent même à investir dedans pour le compte de leur actif général ou pour compte propre. De même, le premier investisseur de notre fonds CPR Silver Age, qui couvre la thématique du vieillissement de la population, fut une caisse de retraite. Elle y est investie depuis 2011.

V.A. : Les investisseurs institutionnels internationaux que nous rencontrons, notamment du Moyen-Orient, d’Asie et d’Amérique, sont intéressés par les gestions thématiques comme source d’alpha. On voit apparaître une nouvelle approche de la gestion institutionnelle, qui consiste à implémenter des fonds indiciels, des ETF et des fonds factoriels dans une poche « beta », qui correspond au cœur de portefeuille, et à chercher de l’alpha dans une poche dédiée, qui peut contenir notamment des fonds illiquides, des stratégies long/short, mais aussi des fonds thématiques.  

Le marketing dédié aux fonds thématiques est-il différent de celui pour la gestion traditionnelle ?

G.C. : Ce type de gestion demande plus d’efforts en marketing. Il faut articuler le discours, raconter l’histoire, expliquer les grandes tendances, qualifier au moyen de statistiques et recherches académiques les fondements qui sous-tendent ces tendances. Nous ne nous contentons pas d’équiper nos partenaires distributeurs avec nos solutions d’investissement, nous fournissons également des outils pédagogiques sur les thématiques comme des vidéos, des tutoriels, des brochures spécialisées… Nous attachons une grande importante à convaincre et former les conseillers avant les clients finaux.

Les thématiques souffrent-elles parfois des différences culturelles entre les marchés que vous servez ?

G.C. : Il est parfois nécessaire de dialoguer avec nos clients, voire d’adapter notre discours, mais ce n’est pas systématique. Nous essayons avant tout d’éclairer et instruire nos clients et partenaires au concept que nous présentons. Par exemple, dans certains pays d’Asie, le mot disruption a une connotation négative. Nos partenaires à Hong Kong voulaient dès lors remplacer le mot disruption par « game changer » dans le nom du fonds. Mais nous avons réussi à les convaincre de conserver le nom d’origine.

La gestion thématique étant à la mode, craignez-vous l'intensification de la concurrence ?

G.C. : Tout le monde veut désormais faire de la gestion thématique car ça marche. Mais il y a un risque de saturation du public avec des solutions de mauvaise qualité, ce qui pourrait nuire à l’image de ce type de gestion. Certains acteurs ne sont pas équipés, tant en termes d’expertises que de profondeur de gamme. Il faut un éventail produit suffisamment large pour pouvoir proposer du choix à l’investisseur.

V.A. : Pour avoir une offre de produits thématiques étoffée, il faut disposer d’un écosystème, et les barrières à l’entrée sont de plus en plus élevées. Notre palette d’expertises est large : 12 gérants spécialisés en interne, notre équipe recherche et nos stratégistes, 27 analystes financiers chez Amundi, ainsi que leurs analystes ESG.

 

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