Rose Ouahba et David Older - Carmignac

"Maxime Carmignac réunit toutes les qualités nécessaires pour prendre la direction"

France
Le 22/02/19 à 17h34

par

Jérémie Gatignol

En pleine période de transition et après une année 2018 très compliquée où la société a décollecté près de 10 milliards sur ses fonds ouverts, Rose Ouahba et David Older, les nouveaux co-gérants du fonds Carmignac Patrimoine, nous dévoilent la nouvelle organisation de la gestion au sein de Carmignac et évoquent la succession d'Édouard Carmignac.
David Older et Rose Ouahba
David Older et Rose Ouahba - Carmignac

Comment justifier vos mauvais résultats de 2018 auprès des clients ? 

Rose Ouahba : Nous ne sommes pas parvenus à faire notre travail aussi bien que nous l’aurions souhaité, que ce soit en terme de performances absolues, mais surtout au niveau de la préservation du capital de nos clients dans un contexte de marchés baissiers. Notre objectif pour 2019 est de regagner la confiance de nos clients. Nous avons toujours eu de très étroites relations avec eux et ils ont été déçus par notre travail l’an passé. 

Côté gestion, comment prévoyez-vous de redresser la barre ?

David Older : Notre scénario central se base sur un ralentissement global de l’économie mondiale mais pas sur une récession. Dans ce contexte, nous allons nous tourner vers des « entreprises de qualité », c’est-à-dire des valeurs plutôt « growth » que « value » et disposant d’activités très prédictibles combinées à des perspectives de croissance forte. Il s’agit notamment de sociétés dans le secteur des technologies et d’internet mais aussi de la consommation. Nous pensons également que le dollar pourrait s’affaiblir notamment contre les devises émergentes soutenant ainsi les actions émergentes. Nous regardons cette fois de près des pays comme le Brésil ou l’Inde, où nous pensons que les réformes en cours sont constructives. La Chine est aussi un pays sur lequel nous nous concentrons. Nous y visons des sociétés technologiques ayant une forte activité sur leur marché domestique.

R. O. : Au niveau obligataire, notre point d’attention concerne la politique monétaire aux États-Unis et dans une moindre mesure en Europe. La position de la Fed en termes de liquidité globale sur les marchés sera très importante et nous espérons que l’institution sera en mesure de l’infléchir en cas de difficultés. Concrètement, nous sommes très orientés sur des stratégies de portage, notamment sur la zone émergente avec des pays comme le Mexique, le Brésil ou encore la Turquie. Nous regardons aussi de près des pays européens périphériques comme l’Italie ou la Grèce, où la dette souveraine nous parait intéressante.

Comment s’organise la succession d’Édouard Carmignac ?

D. O. : Rose et moi-même sommes désormais les seuls décisionnaires concernant la gestion du fonds Carmignac Patrimoine (le fonds phare de Carmignac Gestion, ndlr) et je suis le seul décisionnaire sur Carmignac Investissement. Un Comité d’Investissement Stratégique a été mis en place l’an dernier. Il est composé d’Édouard Carmignac, Frédéric Leroux, Didier Saint-Georges, Rose et moi-même. Ce comité a un rôle consultatif et non décisionnaire. Nous nous réunissons une fois par semaine dans le but de mettre en perspective nos décisions d’investissement au regard de notre vision macroéconomique à long terme. Durant cette réunion, nous regardons l’ensemble de la gamme de fonds et pas uniquement Carmignac Patrimoine. Nous diffusons ensuite la vision de ce comité aux différents gérants du groupe, qui restent entièrement décisionnaires sur leurs investissements, mais peuvent se nourrir de nos échanges pour la gestion de leurs fonds.

R. O. : La succession d’Edouard Carmignac n’est pas arrivée d’un seul coup, c’est une chose à laquelle nous nous préparons avec David depuis quelques temps. Nous sommes tous les deux parfaitement conscients de cette occasion unique qui nous est offerte. Pour le moment, l’annonce a été bien accueillie par nos clients. L’année 2019 sera donc cruciale car nous devons faire nos preuves ! Nous sommes à la croisée des chemins de nos carrières et comptons bien saisir l’opportunité qui s’offre à nous et ne se présentera probablement plus jamais. Nous n’avons pas le droit à l’erreur mais nous sommes confiants et très enthousiasmés par ce qui nous attend !

Concrètement, qu’est-ce qui va changer dans le style de gestion de Carmignac Patrimoine ?

D. O. : Edouard Carmignac a bâti sa réputation sur sa vision macroéconomique du marché et sa capacité à anticiper les grandes tendances de demain, soit une approche résolument top-down. Le duo que nous formons avec Rose est plus pragmatique et notre approche est beaucoup plus bottom-up. Il faudra donc s’attendre à ce que la sélection de titres devienne un réel moteur de performance aux cotés de notre expertise historique en macroéconomie et en allocation d’actifs. De plus, ayant pour ma part un background très orienté sur les technologies et les sociétés internet, le poids de ces secteurs et de tous les secteurs liés constituera une part importante de nos convictions de long terme. Cela étant dit, nous n’abandonnerons pas l’approche top-down, mais essayerons plutôt de mieux l’articuler avec notre vision bottom-up.

R. O. : Cette nouvelle approche nous permettra également d’avoir une meilleure diversification et donc moins d’overlap entre les différentes poches du fonds. Cela devrait également nous permettre de réduire la volatilité du fonds.

Maxime Carmignac prendra-t-elle la succession de son père à la tête de la société ?

D. O. : Depuis son arrivée en 2006, Maxime a pris de plus en plus de responsabilités. Elle dirige désormais le développement de la société au Royaume-Uni et si la décision reviendra évidemment à Édouard Carmignac et au conseil d’administration, il est évident qu’elle réunit aujourd’hui toutes les qualités nécessaires pour prendre la direction de la société.

R. O. : Maxime a grandi avec la société et a beaucoup travaillé pour se donner les moyens de réussir. Le plus important selon moi est qu’elle le souhaite ardemment et qu’elle a les compétences pour le faire avec succès. Et puis c’est une femme ce qui est une très bonne chose pour la diversité au sein de la gouvernance d’une entreprise !

Conserverez-vous votre indépendance ?

R. O. : Bien sûr ! C’est un élément clef selon nous. Édouard Carmignac et sa famille détiennent toujours 71 % de la société, le reste étant alloué à différents collaborateurs selon le principe de la méritocratie plutôt que de la position dans la société. Cette répartition devrait demeurer stable dans les années à venir.

Allez-vous continuer à cibler prioritairement la clientèle retail ?

R. O. : Édouard Carmignac est une personnalité très connue et importante pour la base de notre clientèle qui est constituée de beaucoup de CGP. Nous ne comptons pas changer notre ADN, ni nos clients. La clientèle retail reste donc la priorité de Carmignac, dans l’Hexagone mais également à l’étranger.

Votre stratégie de développement tournera-t-elle toujours essentiellement autour de Carmignac Patrimoine ?

R. O. : Carmignac Patrimoine est une marque forte qui a créé un vrai concept sur le marché. Nous comptons bien lui redonner ses lettres de noblesses en redressant sa performance. Cependant, il est clair que nos efforts doivent désormais se répartir sur l’ensemble de notre gamme et pas uniquement sur ce fonds.

Sur la partie Fixed Income, nous souhaitons devenir une référence de l’approche « Unconstrained » (sans-contrainte) et nous avons bâti notre gamme obligataire autour de cette notion. Aujourd’hui, notre équipe est composée de 12 personnes et notre fonds phare, Carmignac Sécurité, a plus de 15 milliards d’euros d’encours.

Début 2019, nous avons lancé un fonds crédit international avec cette approche unconstrained qui investit sur les corporate high yield et investment grade avec un léger biais sur les marchés émergents. Nous réfléchissons d’ailleurs à lancer un fonds crédit dédié spécifiquement aux émergents dans les années à venir.

D. O. : Il est évident que le recul pris par Édouard Carmignac tourne une nouvelle page de la société et qu’une place plus importante sera accordée aux autres fonds actions. Par exemple, le succès de notre fonds Carmignac Long Short European Equities l’an dernier a renforcé notre conviction que ce type de stratégie devrait être mis en avant. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de lancer également en ce début d’année un fonds actions internationales long short. Ce nouvel OPCVM, baptisé Carmignac Portfolio Long Short Global Equities, est géré depuis Londres par Huseyin Yasar.

Cependant, nous ne comptons pas pour autant nous détourner du style « Patrimoine » et nous avons même lancé en octobre dernier un nouveau fonds utilisant cette philosophie de gestion, qui est cette fois centré sur l’Europe : Carmignac Portfolio Patrimoine Europe. Il est cogéré par Mark Denham, responsable des actions européennes, et Keith Ney sur la partie obligataire, qui est le gérant de Carmignac Sécurité.

Comment se passe votre développement à l’étranger ?

R. O. : Lorsque nous nous sommes installés à Londres, nous n’avions pas la bonne structure légale pour nous adresser à ce marché. L’an dernier nous avons donc décidé de modifier notre approche et de mettre plus de moyens pour le développer. Cela passe notamment par la mise en place d’OEIC qui sont plus adaptés à la clientèle britannique. Aujourd’hui le bureau de Londres compte 30 collaborateurs, dont 15 font partie de l’équipe actions. 

Au Luxembourg, le bureau dirigé par Eric Helderlé [il a été remplacé à Paris par Christophe Peronin en juin dernier, ndlr] compte désormais 60 collaborateurs. Nous avons de nombreux fonds enregistrés au Luxembourg via une Sicav. Par ailleurs, nous avons ouvert un bureau à Miami en 2017 que nous continuons à développer en 2019. Nous souhaitons notamment en faire notre tête de pont vers le marché des pays d’Amérique latine.

 

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