Christophe Roehri - Directeur général délégué de Tobam

"Notre fonds bitcoin est une des priorités de la rentrée"

France
Le 02/09/19 à 07h42

par

Jérémie Gatignol

Christophe Roehri, directeur général délégué de Tobam dévoile les objectifs de développement de la société qui a fabriqué sa réputation sur la diversification. Fonds Bitcoin, développement de la clientèle retail et notamment CGP ou encore politique ESG, le dirigeant passe en revue toute l'actualité de la firme.
Christophe Roehri - Tobam
Directeur général
Christophe Roehri

Vous avez lancé un des tous premiers fonds sur le bitcoin il y a deux ans, où en êtes-vous ?

C.R. :  Lancé en novembre 2017, ce fonds est avant tout un formidable moyen pour nous de développer la recherche autour des cryptomonnaies. Nous avons une équipe de chercheurs dédiés et ce fonds nous permet d’avoir une recherche beaucoup plus poussée que si nous restions dans un contexte de simulations. La démarche commerciale sur ce fonds n’a pas réellement commencé puisque le cadre réglementaire est encore en cours de finalisation.

Nous voyons le bitcoin non pas comme une monnaie traditionnelle, mais réellement comme une valeur refuge avec des particularités uniques, notamment en termes de diversification. En outre, les récents développements réglementaires et notamment la loi PACTE en France qui devrait permettre aux investisseurs particuliers d’investir sur des fonds dédiés aux cryptomonnaies via l’assurance-vie nous offrent un potentiel de développement très intéressant. Cela sera d’ailleurs l’une de nos priorités à partir de la rentrée.

Pourriez-vous être amené à vous intéresser à d’autres cryptomonnaies ?

Pour l’instant, le bitcoin nous apparaît empiriquement comme le seul crypto-actif capable d’offrir une vraie liquidité. Or, la liquidité est un élément obligatoire pour mettre en place un fonds. Cela ne veut pas dire que nous ne monterons jamais un fonds qui maximisera la diversification des cryptomonnaies, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Actuellement, ce fonds intéresse plus les institutionnels aux États-Unis alors qu’en Europe c’est avant tout la clientèle retail qui veut investir. Le fonds s’adresse pour le moment uniquement aux investisseurs qualifiés.

Quel bilan de votre activité au premier semestre ?

À la fin du premier semestre 2019, Tobam gérait environ 9 milliards de dollars, dont 500 millions pour le compte d’investisseurs français. Sur ces encours, 8,5 milliards étaient sur la partie actions, 300 millions sur le fixed income et 30 millions sur le mutli-asset.

En termes de clientèle, 50 % de nos encours viennent d’institutions publiques (banques centrales, fonds de pension publiques, fonds souverains), 25 % de fonds de pension corporate et 25 % de la multigestion, de la gestion de fortune et de la clientèle des compagnies d’assurances.

L’an passé, notre collecte nette s’est établie à 1,4 milliards de dollars, dont 900 millions sur les stratégies actions US.

Quels sont vos objectifs de développement ?

Historiquement, Tobam a construit sa réputation auprès de gros clients institutionnels. Aujourd’hui, nous entrons dans la deuxième phase de notre stratégie qui consiste à mettre à profit la légitimité acquise auprès de cette clientèle pour élargir notre base à des institutionnels plus petits et surtout développer le retail.

Nous souhaitons donc à la fois continuer à adresser les clients institutionnels en direct, et nous allons recruter deux commerciaux dédiés à cette tâche sur Paris dans les semaines à venir, mais également mettre en place des partenariats de distribution sur la partie retail. En 2016, nous avons initié cette démarche en Amérique du nord, en signant un accord avec la société de gestion Mackenzie Investments au Canada pour qu’elle commercialise une gamme d’ETF s’appuyant sur nos indices Maximum Diversification. Nous avons également signé des accords avec des distributeurs américains, l’assureur américain Nationwide, et le gérant Touchstone. Nous avons levé près d’un milliard de dollars américains grâce à ces partenariats qui ont vocation à se développer alors que nous souhaitons en établir de nouveaux dans différentes régions.

Des spécificités sur le marché français ?

En janvier dernier, nous avons commencé à nous attaquer au marché des CGP français. Nous avons fait appel à la société My Funds qui nous aide à organiser des interactions avec les CGP et s’occupe du référencement de nos fonds sur les plus grosses plateformes de distribution (Finaveo, Cardif et Axa pour le moment).

La gestion de fortune en France est également un objectif. Les banques privées, tout comme les CGP, recherchent souvent des solutions patrimoniales stables pour leurs clients. Le développement de notre stratégie Anti-Benchmark Multi-Asset, vise justement à adresser ces besoins. Cette stratégie combine des stratégies Anti-Benchmark actions et crédit, dans une approche 100% bottom-up. L’allocation entre les poches, actions et obligataire s’établit intégralement en recourant à notre maximisation de la diversification, en ne faisant appel à aucun scénario macro-économique ou prévisions de mouvements de marché.

Cette solution, nous semble être une excellente alternative aux fonds patrimoniaux qui inondent les CGP, les banques privées et les contrats d’assurance-vie ces dernières années.

Pouvez-vous nous décrire votre philosophie d’investissement ?

Tobam est une société de gestion quantitative, nous n’avons pas de gérant traditionnel et notre philosophie d’investissement repose sur un seul processus : notre approche propriétaire brevetée “Maximum Diversification”. Notre postulat principal est de considérer que les marchés sont relativement efficients et donc difficile à prévoir. Notre originalité consiste à vendre notre incapacité à prévoir. De ces deux éléments découle une solution évidente : la diversification.

L’autre point de départ essentiel pour la création de Tobam est la prise de conscience que les indices capi-pondérés ne sont pas efficients et que donc la gestion passive n’est pas diversifiée.

Contrairement à ce que l’industrie de la gestion passive veut faire croire, les indices capi-pondérés sont ultra concentrés. C’est même encore plus flagrant lorsqu’on regarde les corrélations. En d’autres termes, ces indices sont construits de telle sorte qu’ils donnent plus de poids à ce qui surperforme et moins de poids à ce qui sous-performe. Les indices maximisent leur allocation au plus haut du prix et la minimise au plus bas.

Quelle est la bonne stratégie selon-vous ?

La problématique de super concentrations des grands indices est connue. Beaucoup de gérants stock pickeurs font leur propre scénario et vendent leur capacité à mieux prévoir et allouer que le benchmark. Chez Tobam, nous pensons qu’il est très difficile de prévoir les mouvements de marché et dans ce contexte, nous vendons notre capacité à délivrer le portefeuille le plus diversifié possible pour un univers d’investissement donné.

Nous commençons donc par définir un univers d’investissement, par exemple les actions européennes du MSCI, puis nous y appliquons plusieurs filtres, comme un filtre de liquidité ou un filtre ESG. A partir de cet univers notre processus d’optimisation cherche à maximiser le ratio de diversification pour définir la meilleure combinaison de titres susceptible de construire le portefeuille le plus diversifié possible.

Vous avez évoqué un filtre ESG...

Il s’agit plus précisément d’une liste d’exclusion que nous avons mise en place depuis 2007 sur l’ensemble de nos stratégies. Nous avons commencé en utilisant la liste d’exclusion du fonds de pension souverain norvégien qui met beaucoup de ressources dans la recherche ESG avec des résultats rendus publics.

Au départ, la liste était assez légère puis elle s’est étoffée. En 2010, c’est tout le tabac qui a été exclu. En 2016, le fonds a commencé à exclure les business liés au charbon.

Depuis mars 2019, nous sommes passés à notre propre liste d’exclusion. Elle est plus approfondie car elle utilise des données fournies par Institutional Shareholder Services et comble certains manquements du fonds souverain norvégien. Ce dernier n’intègre à sa liste d’exclusion que des sociétés qu’il a considérées pour ses investissements. Ainsi, la liste n’intégrera pas un petit producteur de tabac au Vietnam dans lequel le fonds n’investira pas, nous si. De la même manière, nous regardons toujours les raisons d’une nouvelle exclusion. Récemment, le fonds a décidé d’exclure les sociétés liées au pétrole afin de ne pas cumuler les risques d’investissement sur un secteur où il est déjà fortement exposé. Nous n’avons donc pas intégré ces exclusions puisqu’elles n’étaient pas motivées par des problématiques ESG.

Avez-vous mis en place d’autres initiatives ESG ?

Depuis juin 2018 sur les actions et juin 2019 sur le fixed income, nous intégrons de manière systématique une contrainte supplémentaire dans l’optimisation de nos portefeuilles. Elle consiste à réduire d’au moins 20% l’empreinte carbone de notre portefeuille par rapport à celle du benchmark.

Pour parvenir à ce résultat, nous utilisons des données publiques comme celles fournies par le CDP (Carbon Disclosure Project). La mesure n’est pas parfaite mais la tendance a du sens.

Par ailleurs, nous compensons 150 % de l’empreinte carbone de Tobam en finançant des projets de reforestation. De plus, notre plus importante stratégie étant l’Anti-Benchmark Emerging Markets, nous avons cherché à mettre en place un mécanisme de promotion des droits de l’homme. Depuis son lancement, nous avons donc effectué une donation systématique d’une partie des revenus de cette stratégie, à des associations de défense des droits de l’homme. Plus de 1 million de dollars a déjà été donné à des ONG [Tobam est l’un des plus gros donateurs privés de Human Rights Watch en France, ndlr].

Quels sont vos autres moyens d’action ?

Nous avons une politique de vote ISR qui fait écho à nos valeurs et sommes des actionnaires très investis [le taux de participation aux assemblées générales est autour de 98%, ndlr]. Notre politique de vote met un accent sur la gouvernance.

Nous avons également accéléré le développement de nos actions d’engagement. Nous avons notamment mis en place une initiative avec nos grands clients institutionnels afin de les inclure dans nos actions d’engagement et ainsi avoir un levier de discussion plus important avec les entreprises.

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