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Sébastien d'Ornano, président de Yomoni

"Notre point d’équilibre se situe à 350 millions d’euros d’encours"

France
Le 17/02/19 à 22h58

par

Réjane Reibaud

Sébastien d'Ornano, président de Yomoni, fait le point sur les trois premières années d'existence du robo-advisors qui a aussi le statut de société de gestion.
Sébastien d'Ornano
Sébastien d'Ornano - Yomoni
Président
Sébastien d'Ornano

Quel bilan tirez-vous de l’année 2018 ?
Nous sommes satisfaits de la performance de nos 10 profils en assurance-vie. Certes, l’année 2018 a été chahutée sur les marchés mais nos mandats surperforment la quasi-totalité des fonds patrimoniaux distribués en France grâce à leur composition unique en ETF, même s’ils sont presque tous en baisse. Le 1er profil, P1, qui est un fonds euro garanti, affiche quant à lui une performance de 2% pour 2018 et le P2, profil prudent, reste positif.

Cette surperformance valide notre conviction selon laquelle une gestion appelée « coeur satellite » est l’idéal. Le mandat ETF forme le coeur et le satellite est une gestion active composée de fonds thématiques ou de fonds de gérants stars. Ce mode d’investissement est de plus en plus prisé par les investisseurs institutionnels. Il n’y a aucun frein à ce que les particuliers en bénéficient également, via la gestion pilotée. Nous la proposerons bientôt à ceux qui disposent d’une assiette assez large de patrimoine financier au travers de l’offre Yomoni Society, accessible à partir de 100 000 euros d’épargne financière déléguée. En-dessous de ce niveau, nous avons surtout vocation à faire la meilleure allocation d’ETF possible.

Vous avez dépassé les 10.000 clients et les 100 millions d’euros d’encours pour vos 3 ans l’an dernier. Maintenez-vous votre objectif d’atteindre 1 milliard d’encours dans moins de deux ans ?

Oui car cet objectif repose sur deux convictions : le développement de la gestion sous mandat et l’intérêt des ETF pour les particuliers. Nous pensons que la gestion sous mandat va devenir le digne successeur des fonds patrimoniaux. Ceux-ci ont eu leur heure de gloire et ont raflé toute la collecte ces 15 dernières années. Mais nous proposons aux épargnants un service qu’ils n’avaient pas via les fonds patrimoniaux et une personnalisation supplémentaire (les profils évoluent tout au long de la détention en fonction de l’évolution du client et du service). Je pense aussi que la DDA (Directive sur la Distribution des produits d’Assurance) sera un élément majeur pour le marché de l’assurance-vie. Tous les réseaux vont devoir envoyer les relevés de frais concernant leur assurance-vie ! Lorsque les épargnants vont se rendre compte de l’impact des frais sur leur performance, cela ne pourra que nous être favorable. Et je ne vous parle pas de la possible transférabilité des contrats…

Et votre deuxième combat ?

Par rapport à l’Allemagne ou le Royaume-Uni, il est clair que les ETF ont pris moins d’ampleur en France. Notre pays est en effet beaucoup plus intermédié avec la prédominance des banques et assureurs. Mais cela change progressivement. Les ETF ont beaucoup de qualités comme celle par exemple de débuter l’année avec des frais moins élevés qu’un fonds et d’être un outil de diversification de plus en plus précis. On peut désormais trouver des ETF sur des pays émergents ou des thématiques précises et même sur l’obligataire éligible au PEA.

Et si les marchés s’effondrent ?

Peut-être qu’un choc de marché très fort pourrait peser sur nos objectifs. Mais vous savez, les premiers millions ont été les plus durs à gagner. Les marches suivantes seront aussi difficiles et nécessiteront de gros efforts commerciaux, mais tout nous parait possible. Nous sommes au coeur d’une dynamique favorable qui conjugue essor de la gestion sous mandat, croissance des ETF et développement de notre activité d’épargne salariale (lancée en octobre) à l’aune de la loi Pacte.

Etes-vous rentable ?

Notre point d’équilibre se situe à 350 millions d’euros d’encours. Et nous visons 1 milliard sous gestion en 2020. Nous visons ainsi l’équilibre courant de l’année prochaine.

Beaucoup de robo advisors ont commencé en BtoC avant finalement de privilégier le BtoB. Quel est votre modèle à vous?

Je dirais que nous sommes hybrides. Nous avons commencé en nous adressant uniquement aux particuliers, mais aujourd’hui nous faisons aussi du BtoB. Nous sommes une société de gestion indépendante spécialisée sur l’allocation et les ETF, et peu de sociétés ont adopté ce modèle. C’est pour cette raison que Linxea nous a contacté l’an dernier pour intégrer notre offre de gestion pilotée en ETF à son offre d’assurance-vie (en marque grise et non en marque blanche, comme beaucoup d’autres). Nous voulons également être le spécialiste de la distribution d’épargne en ligne. Dans ce domaine, nous sommes en concurrence directe avec les banques privées dont les services ont déçu leurs clients.

Qu’auriez-vous de plus qu’une banque privée ?

Des conseillers joignables rapidement et qui délivrent un conseil indépendant, en architecture ouverte. On s’engage par exemple à répondre par mail dans les 4 heures à un client ou à répondre au téléphone immédiatement. Je vais vous dévoiler une chose : nos premiers clients sont des jeunes banquiers privés ! Pourquoi viennent-ils chez nous ? Parce qu’eux aussi sont frustrés de la gestion biaisée des banques privées. Ils savent que la gestion sous mandat est une bonne solution, mais il faut qu’elle soit indépendante.

Souhaitez-vous développer les partenariats comme Linxea ?

Oui bien sûr. C’est ce qui va aussi nous aider à atteindre notre objectif. Comme avec Linxea, nous voulons faire en sorte que les grands réseaux bancaires offrent nos solutions de gestion en complément des leurs. Cela va devenir compliqué de passer à côté des mandats ETF en complément de leur offre classique de gestion privée. Regardez ce qu’a fait Scalable Capital, notre homologue allemand : en nouant un partenariat avec ING DiBa, ils sont passés de 300 millions d’euros à 1,6 milliard d’euros en huit mois !