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Géraldine Métifeux, membre fondatrice du groupement Incipio

"Nous cherchons des gens qui nous ressemblent"

France
Le 06/02/19 à 19h21

par

Jérémie Gatignol

À l’occasion de la création du groupement Incipio, Géraldine Métifeux, membre fondatrice du groupement et initiatrice du projet a accordé un entretien exclusif à NewsManagers pour expliquer les objectifs, caractéristiques et motivations derrière la création d’Incipio.
Géraldine Métifeux
Géraldine Métifeux - Incipio
Géraldine Métifeux

Newsmanagers : Pourquoi avoir créé ce groupement ?

Géraldine Métifeux : Aujourd’hui, les plateformes et assureurs avec lesquels travaillent les CGP sont de plus en plus gros, l’exemple de Nortia est d’ailleurs assez parlant à ce niveau-là. Dans ce contexte, il devient très difficile de rester seul dans son coin si on veut pouvoir peser dans une négociation.

C’est la raison pour laquelle nous avons décidé avec les cabinets Eurogest Patrimoine Associés, Fortune Expert, Septem Investment, Elminger Patrimoine Conseil et Alter Égale, que je représente, de former ce groupement.

C’est donc un moyen de compter dans le paysage sans passer par l’association capitalistique qui est plus lourde et plus compliquée à mettre en place.

L’intégration capitalistique n’est donc pas au programme ?

Pas pour le moment. Cependant, la création de ce groupement est une première étape qui pourrait ensuite déboucher, si les choses fonctionnent bien, sur des associations capitalistiques les uns avec les autres si cela correspond aux envies et aux aspirations de chacun des membres.

Pourquoi n’avez-vous pas rejoint un groupement existant ?

 Nous avons tous été sollicités pour rejoindre des groupements déjà en place. Cependant, nous avons tous le sentiment que ce nous souhaitons mettre en place avec Incipio n’existe pas ailleurs. La première raison est simple, c’est que la plupart des autres groupements sont anciens, le dernier à avoir été créé doit avoir au moins 15 ans. Ainsi, nous souhaitions avoir un niveau d’exigence très élevé, être mono-association et surtout être en nombre réduit.

Lorsqu’on est 30 autour d’une table il devient difficile de vraiment discuter, partager, et avancer ensemble. L’admission de nouveaux membres sera d’ailleurs soumise à un vote à l’unanimité. Pour le moment, nous avons fixé à 10 le nombre maximum de membres. Nous sommes bien évidemment ouverts à toutes les candidatures qui se reconnaitraient dans notre vision et nous les étudierons toutes.

Nous ne nous interdisons pas de travailler avec d’autres groupements, et nous avons d’ailleurs déjà été sollicités par deux groupements existants sur plusieurs sujets. Nous pourrions par exemple réaliser des communiqués communs sur le métier de CGP, la réglementation, etc.

Qu’attendez-vous de cette initiative ?

Concrètement, nous espérons renforcer notre position vis-à-vis de nos partenaires et être « virtuellement » impossible à écarter par l’un d’entre eux. Cela nous apportera aussi plus de poids dans les négociations tarifaires.

Le but est aussi de créer un lieu de partage de bonnes pratiques, mais également d’informations. L’idée est d’améliorer les conditions de travail de chacun des membres du groupement en allant chercher ce qui fonctionne le mieux dans chaque cabinet. Nous allons notamment mettre en commun les pratiques de backoffice, les informations, les titres réglementaires et même les préconisations que nous proposons à nos clients.

Dès le mois de mars, nous allons harmoniser la totalité de nos documents de backoffice ainsi que nos procédures avec nos partenaires afin de tout centraliser au niveau du groupement.

À terme nous prévoyons de centraliser tous les relevés de commissions pour réduire les erreurs de paiements, mais également nos différentes analyses sur les marchés financiers, sur les OPC et les produits structurés. Nous réaliserons des études communes sur le cadre réglementaire ou encore la prévoyance et une veille juridique patrimoniale.

Nous mutualiserons nos abonnements et rationaliserons les rendez-vous d’informations (réunions des asset managers, conférences, etc.) pour couvrir plus de terrain.

Quelle est la typologie des membres ?

Nous sommes tous des CGP quadras n’ayant jamais participé à un groupement et réparties dans toute la France. Nos sociétés sont âgées de quatre à quatorze ans. Avoir le même âge nous a semblé important car si nous faisons des choses ensemble dans le futu, il faut que nous ayons un « parcours de vie prévisible », un peu identique. Cela serait difficile de se projeter avec un membre qui voudrait prendre sa retraite dans 2 ans par exemple.

Les futurs candidats devront donc satisfaire ce critère et évidemment être adhérents ou adhérer à la CNCGP. Ils devront accepter une très grande transparence et partager notre vision collaborative au sein du groupement. Nous cherchons des gens qui nous ressemblent et avec des trajectoires entrepreneuriales et des projets similaires.

Quelles sont les règles édictées par le groupement ?

Chaque membre aura l’obligation de participer à la vie du groupement en apportant quelque chose de concret au moins une fois par an : l’écriture d’un mémo sur la loi de finance, l’invitation d’un intervenant de qualité sur un sujet précis, etc.

Nous organiserons au moins une réunion mensuelle à laquelle nos membres seront tenus de participer. À l’occasion de cette réunion, nous partagerons notamment nos points de vue sur le marché et sur les allocations que nous pourrions proposer à nos clients, tout en gardant une liberté de préconisation pour chacun de nos cabinets bien entendu.

Une transparence totale sera demandée aux membres sur leurs clients, leurs encours, leur chiffre d’affaires, etc.

Quelle est l’organisation du groupement ?

Trois administrateurs sont nommés pour un mandat de trois ans, renouvelable éventuellement. Aujourd’hui, il s’agit de Grégori Coudert de Septem Investment, Karen Fiol de Fortunexpert et moi-même.

La forme juridique sera un groupement d’intérêt économique (GIE) et le financement passera par des cotisations.

Allez-vous communiquer sur ce groupement auprès de vos clients ?

Oui. Ce n’était pas forcément notre idée au départ mais c’est finalement venu assez naturellement au cours de nos discussions ces derniers mois. Nous nous sommes aperçus qu’Incipio allait pouvoir devenir le vecteur de communication le plus important auprès de nos clients car nos documents seront en communs et seront beaucoup plus enrichis que si nous faisions des communications séparées. Par exemple, un point d’information sur un événement de marché (guerre commerciale, brexit, etc.) sera très probablement fait via Incipio à l’avenir.

Avez-vous un objectif en termes de taille d’encours à atteindre au sein du groupement ?

Pas pour le moment. Actuellement, les membres d’Incipio conseillent et gèrent 200 millions d’euros (au 31/12/2018). Nous resterons très transparents là-dessus auprès de nos partenaires et communiquerons de façon trimestrielle les encours conseillés par le groupement.

Le chiffre qui nous intéresse le plus est notre capacité annuelle de collecte. Pour l’année 2019, le groupement vise un objectif de 40 à 50 millions d’euros de collecte nette.

Ce groupement est-il une réponse à votre ambition personnelle de développement externe que vous aviez affiché il y a quelques mois ?

Oui en quelques sortes. Dorénavant, Alter Égale, réfléchira avant tout au développement d’Incipio plutôt qu'à celui de son propre cabinet.

Par exemple, si un dossier intéressant me parvenait, je pense que nous y réfléchirions dans un premier temps tous ensemble dans le cadre du groupement, et si cela ne faisait pas, je pourrais, ensuite, l’envisager uniquement pour Alter Égale.

Où se situera la frontière entre Incipio et Alter Égale dans les prochains mois ?

Si tout se passe vraiment bien, Incipio prendra petit à petit le pas sur Alter Égale. Le but est vraiment qu’Incipio soit une première étape. La seconde serait une association capitalistique dans une société qui pourrait par exemple s’appeler Incipio...