Denis Panel - BNPP AM

"Nous détenons 16 % de parts de marché sur les ETF ESG en Europe"

France
Le 15/07/19 à 06h46

par

Jérémie Gatignol

Dix-huit mois après la vaste réorganisation de BNP Paribas Asset Management, qui a notamment vu la création du département MAQS, son responsable Denis Panel est revenu pour la rédaction de NewsManagers sur le travail effectué et à venir. Ambitions sur le marché des ETF ESG, innovations technologiques ou encore explication de l'approche quantamentale, le dirigeant nous livre un aperçu des questionnements actuels au sein de MAQS.
Denis Panel - Responsable du pôle de gestion Multi-Actifs, Quantitatif et Solutions (MAQS) de BNPP AM

BNPP AM a créé le pole MAQS en novembre 2017, quel bilan dressez-vous de cette restructuration ?  

Denis Panel : Le département MAQS [multi-actifs, quantitatif & solutions, ndlr] a été créé avec comme objectif de combiner à la fois des techniques de gestion fondamentales et quantitatives. Nous avons fortement investi pour renforcer notre activité avec notamment des recrutements significatifs dont ceux d’Isabelle Bourcier, de Franck Nicolas, Grégory Taïeb, Maximilian Moldaschl (Londres) et Paul Sandhu (Hong Kong). Aujourd’hui, nous sommes en phase d’accélération de l’activité.

Le département gérait 127 milliards d’euros d’actifs à fin mars [BNPP AM gérait 421 milliards d’euros à fin mars, ndlr].  Il s’organise autour de quatre expertises. La gestion multi-actifs, qui compte 50 milliards d’encours ; la gestion structurée qui représente 36 milliards d’euros d’actifs ; la gestion quantitative et indicielle, dont les encours s’établissent à 41 milliards d’euros, et enfin le pôle solutions, qui ne gère pas d’actifs mais conseille et conçoit des produits sur-mesure pour la clientèle institutionnelle. 

Nous sommes présents à Paris, Londres, Bruxelles, Amsterdam et Hong Kong. À cela s’ajoute une présence commerciale en Italie et en Allemagne, car le département commercial des ETF est intégré au sein de MAQS. Nous comptons 140 collaborateurs au total.  

Cette réorganisation a-t-elle permis d’absorber le choc boursier de l’an dernier ? 

Nous avons réalisé une collecte nette de 3,5 milliards d’euros l’an passé. Les ETF ont, à eux seuls, collecté 4 milliards d’euros nets. La partie multi-actifs a été neutre, alors que le département structuré a été légèrement positif. En revanche, certaines stratégies quantitatives ont décollecté en raison d’un contexte peu porteur pour ce type de stratégies.  

La partie solutions est plus difficile à quantifier car elle est un gros vecteur de croissance pour l’ensemble des départements de gestion et pas uniquement au sein de MAQS.

Comment jugez-vous votre activité au premier semestre 2019 ? 

Nos expertises de gestion suscitent un intérêt fort chez les investisseurs institutionnels. Ces derniers recherchent des produits transparents, car la gestion des risques est au cœur de leur processus d’investissement. Les fonds multi factoriels ou smart beta, sont donc plébiscités.

La gestion quantitative est toujours très dynamique avec le lancement de nouveaux ETF et une collecte sur des thématiques porteuses, comme notre ETF low carbon qui a fêté ses dix ans l’an dernier et dont les encours se montent à 600 millions d’euros actuellement.  

La partie multi-actifs a remporté plusieurs mandats institutionnels, notamment en Italie pour des fonds de pension et compagnies d’assurances, sur de la gestion benchmarkée. 

La gestion indicielle ESG est-elle une de vos priorités ? 

Aujourd’hui, nous détenons 16 % de part de marché sur les ETF ESG en Europe. Nous avons été les premiers asset managers à exclure les armes controversées de nos fonds indiciels et à lancer un ETF low carbon. L’intérêt des investisseurs pour ce type de produits, nous a conduit il y a quelques semaines à présenter un nouvel ETF sur l’économie circulaire. D’autres lancements de ce type auront lieu dans les années à venir, car la gestion quantitative ESG est un segment auquel nous croyons beaucoup.  

Nous procédons à la labellisation progressive de nos fonds. Au total, MAQS compte 6 fonds labellisés ISR [BNPP AM en compte une trentaine au total, ndlr], pour la partie multifactoriels actions et taux.  

Concrètement comment se traduisent vos engagement ESG ? 

L’objectif de BNPP AM est d’être 100% durable en 2020. La société a fixé des objectifs précis sur les trois domaines suivants : la transition énergétique, la protection de l’environnement, l’égalité et la croissance inclusive.

Nous nous inscrivons dans cette logique et en décembre 2018 nous avons transformé l’ensemble de notre gestion multifactorielle-quantitative, en gestion ESG. Concrètement, nous avons réduit de 50% l’emprunte carbone de nos portefeuilles par rapport à leurs indices de référence et amélioré de 20% leur score ESG global par rapport à leurs indices, selon la notation de notre outil propriétaire.  

Enfin, les activités liées au charbon, aux armes controversées, à l’amiante et au tabac sont systématiquement exclues de tous nos univers d’investissement.

Votre clientèle est-elle sensible à ces changements ?  

Depuis l’entrée en vigueur de l’article 173 de la loi sur la transition énergétique de 2015, les investisseurs institutionnels sont très attentifs à cette dimension. L’obtention des labels ISR a par exemple eu un impact sur le nombre d’appels d’offre que nous recevons. Nous sentons une vraie différence. 

Quels sont vos objectifs de développement ? 

Notre volonté est d’avoir une croissance supérieure à celle du marché sur nos différentes expertises, soit 8 % sur l’allocation d’actifs, 16 % sur le smart beta et 10 % pour la gestion indicielle traditionnelle. 

Sur la gestion quantitative, nous souhaitons développer notre activité obligataire c’est elle qui nous démarque de la concurrence. Nous avons notamment travaillé sur la gestion factorielle obligataire en mettant en place des modèles s’appuyant sur quatre facteurs : low vol, valorisation, qualité et momentum. 

Enfin nous souhaitons mettre en avant notre approche quantamentale. Nous allons par exemple commercialiser le fonds Parvest Opportunité Premia. Nous avons créé ce fonds il y a 3 ans. Il était fermé jusqu’à présent afin de bâtir un historique de performance solide. Nous espérons faire de cet OPCVM notre “flasgship quantamental”. 

Justement, parlez-nous de cette approche “quantamentale”.

Il s’agit d’une approche que nous avons développée à grande échelle chez MAQS et qui associe deux cultures de gestion : la gestion fondamentale et la gestion quantitative. Concrètement, nous avons transformé l’ensemble de nos processus d’investissement au sein du pôle MAQS pour qu’ils intègrent à la fois des dimensions quantitatives et des dimensions fondamentales, à des degrés différents. 

Auparavant elles cohabitaient, aujourd’hui elles sont totalement imbriquées ensemble au sein de chacune de nos équipes de gestion. Notre volonté était de créer un véritable mariage entre le quantitatif et le fondamental, autrement dit entre l’humain et la machine. Ces deux approches sont très complémentaires : la gestion quantitative permet notamment d’éviter les biais comportementaux propres au gérant en matière de construction de portefeuille. Le gérant en revanche est seul à pouvoir appréhender des ruptures de marché. Autrement dit : pas d’avion sans pilote !

L’une des dimensions ne risque-t-elle pas de prendre le dessus sur l’autre ? 

Cela dépend des produits. Pour la gestion quantitative il s’agit de mettre des petites touches humaines, comme le choix de la réplication : cash, synthétique ou optimisée. Il s’agit aussi de sélectionner quel indice sera répliqué et surtout par quel fournisseur. L’intégration d’éléments ESG ou l’exclusion de certaines valeurs dans les indices est également une manière d’amener du fondamental au sein d’une gestion quantitative.

Sur des gestions historiquement 100% fondamentales, nous avons décidé d’y associer des vues quantitatives s’appuyant sur des modèles analytiques. Dans cette optique, nous avons par exemple créé un modèle sur les actions américaines basé sur quatre facteurs : bottom-up, comportement, macroéconomie et valorisation. Ce modèle nous donne des signaux d’achat ou de vente sur le S&P 500 avec des niveaux de conviction.  

Nous développons ce genre d’outils en interne avec l’aide de l’équipe de recherche quantitative « QRG » (quantitative research group) qui travaille avec l'ensemble de BNPP AM. C'est avec eux que nous venons de développer, toujours dans le cadre de la gestion multi-actifs, un nouvel outil de construction de portefeuille. Il s’agit d’une nouvelle génération d’optimiseur. Nous venons tout juste de le mettre en place et de le tester. 

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