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Alice Labhouz - Trecento AM

"Nous voulons décupler notre présence en Suisse"

Le 27/01/19 à 19h06

par

Erick Jarjat

Après avoir réglé l’an dernier un contentieux avec l’AMF, Trecento compte repartir du bon pied. Outre son projet dans la blockchain, la société de gestion fondée il y a sept ans par Alice Lhabouz espère l'appui de partenaires pour accélérer son développement. Elle mise aussi sur les bons résultats de ses fonds thématiques dans la santé et la robotique pour gagner de nouveaux clients, en France et en Suisse.
Alice Lhabouz
Alice Lhabouz - Trecento AM
Président - Fondateur
Alice Lhabouz

NewsManagers : quel premier bilan tirez-vous de l’année écoulée ?

Alice Lhabouz : Nous gérons actuellement environ 165 millions d’euros. Ce fut une année en demi-teinte : je suis très heureuse que notre fonds Trecento Santé affiche une performance de 7% en 2018, mais déçue des prises de bénéfices qui sont intervenues durant l’année. Nous avons donc décollecté, mais dans des proportions limitées. Le fonds Santé, qui a six ans d’existence, affiche tout de même une performance annualisée de quelque 9%, avec une volatilité de 12% contre environ 17% dans le secteur de la santé. Nous avons donc démontré notre capacité à performer dans toutes les conditions de marché et dans la durée.

Avez-vous digéré l’épisode de l’amende infligée l’an dernier par l’AMF ?

C’était une expérience assez pénible. Nous avons tout de même eu deux ans de contrôle qui ont finalement débouché sur l’examen de notre méthode de calcul des commissions de surperformance, que l’AMF nous a invités à revoir. Et ce, alors que la méthode « COB » était à l’époque utilisée par la grande majorité des acteurs de la Place parisienne. J’ai l’impression que nous avons servi d’exemple pour l’ensemble des acteurs de notre secteur à la faveur d’un changement de doctrine. Mais je tiens à souligner que la sanction finalement retenue, 50.000 euros, est six fois inférieure à celle demandée par le Collège. C’est extrêmement rare et révélateur du fait que l’écart dénoncé par l’AMF n’était peut-être pas aussi évident que cela ! En tout cas, beaucoup de sociétés de gestion ont depuis modifié leur méthode de calcul. Pour notre part, le fonds Robotique a été agréé avec la nouvelle méthode et le fonds Santé a modifié la sienne. L’Association française de la gestion financière (AFG) a réactivé depuis son groupe de travail « Performance fees ».

Vous contestez la nouvelle méthode de calcul de la surperformance ?

Non, mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il n’y a pas de méthode parfaite. La nouvelle méthode, comme l’ancienne méthode, comporte des biais. C’est inévitable. Mais la méthode Sellam, la dénomination de la nouvelle méthode, est désormais la méthode officielle, même si cela n’est pas dit expressément dans les textes.

Est-ce que vous avez revu votre organisation, en termes de compliance, depuis l’épisode AMF ?

J’ai quitté la société Agama pour la partie compliance. Nous travaillons désormais avec le cabinet Duff & Phelps ainsi qu’au recrutement d’un compliance officer en interne. L’épisode a été très pénible mais on peut considérer que la page est tournée.

Vous repartez donc d’un bon pied…

Oui. Nous allons essayer de tirer parti des bons résultats de notre fonds santé, le moins volatil du marché car il ne s’intéresse notamment qu’aux sociétés rentables. Nous évitons ainsi le segment des biotechnologiques non rentables qui relève trop du pari et nous privilégions des grosses capitalisations qui ont déjà des capacités de financement et qui ne vont pas diluer les actionnaires pour poursuivre leur développement. Et toutes ces sociétés sont très liquides, ce qui est essentiel pour les institutionnels.

Comment se porte votre fonds robotique ?

C’est un fonds beaucoup plus récent. Il n’a que deux ans d’âge et n’est pas encore disponible en Suisse. La première année, c’est-à-dire en 2017, nous avons fait 20% mais l’an dernier, le fonds affiche une performance négative de 17%. D’une part, parce que les valeurs technologiques ont été très chahutées. D’autre part, en raison des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. Le fonds est composé d’environ 60 lignes et investit notamment dans la robotique industrielle (soit 30 à 40% du portefeuille). Nous sommes également présents dans les technologies d’exosquelettes qui présentent des applicatifs dans la santé, pour faciliter le déplacement des personnes âgées par exemple, ou encore dans  l’industrie. Jusqu’ici, ce marché de la robotique a surtout été un marché de private equity. Mais il va y avoir des sorties.

Vous avez également développé une offre d’épargne salariale ?

La raison en est très simple. Au départ, lors de la création de Trecento, j’avais fait entrer des chefs d’entreprise au capital de la holding, avant de créer la filiale de gestion Trecento AM. C’est au travers des questions de ces partenaires sur l’épargne salariale que nous avons été amenés à développer une offre sur ce segment.  L’encours s’élève à environ 125 millions d’euros. L’avantage de l’épargne salariale, c’est qu’elle vous apporte un socle de stabilité bienvenue des encours même si par ailleurs les marges sont plus faibles. Surtout dans un contexte de forte volatilité des marchés financiers.

Où en êtes-vous de votre projet dans la blockchain ?

Nous avons en effet lancé une société sœur en Suisse à la mi-2018. Pourquoi la Suisse ? Parce que ce marché que nous connaissions déjà s’intéressait beaucoup à cette technologie à l’époque. Trois personnes pilotent actuellement la nouvelle structure. La blockchain est un thème d’investissement, au même titre que la santé ou la robotique. La société de gestion donnera aux professionnels de la gestion la possibilité d’investir dans la blockchain en mode organisé, compliant, avec une offre à 360 degrés, c’est-à-dire d'une offre d'investissement très large en terme de couple rendement/risque, de liquidité et de classes autour de la thématique blockchain. Cette gamme de fonds évoluera en fonction de la maturité des marchés, du cadre réglementaire et de la position des autorités de régulation sur les crypto actifs.

Mais vous êtes en train de lancer ces fonds ?

Non, le lancement de ces fonds, ainsi que le renforcement des effectifs, sont subordonnés au partenariat capitalistique que nous envisageons dans un premier temps. Nous voulions cependant faire notre propre émission de jetons mais les turbulences sur les marchés ont remis en cause le calendrier de notre projet. Entre-temps, nous sommes entrés en discussion avec un acteur majeur du monde financier qui pourrait entrer au capital de la nouvelle structure. Ce partenariat stratégique faciliterait notamment la distribution de nos fonds…

Quelles sont les autres initiatives de l’heure ?

J’ai officiellement candidaté au fonds Emergence pour notre fonds Trecento Santé mais il s’agit d’une procédure de longue haleine. Par ailleurs, nous accueillerions volontiers un nouveau partenaire pour accélérer le développement de Trecento AM. Nous souhaitons grandir par le biais d’un partenariat. Nous allons continuer de travailler en France et sur le marché suisse, avec très probablement le recrutement d’un commercial… Nous voulons décupler notre présence en Suisse, ce qui passe aussi par l’enregistrement probable, auprès de la Finma, du fonds Trecento Robotique. Ailleurs dans le monde, nous avons des contacts en Asie en raison justement de notre fonds Robotique. Trecento doit être une marque forte.

 

 

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