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Myriam Ferran et Antoine Pertriaux - Cognizant Consulting

« Pour rester dans la course, il est impératif de réduire ses coûts »

Monde
Le 15/03/19 à 18h15

par

Laurence Marchal

Dans un entretien à NewsManagers, Myriam Ferran et Antoine Pertriaux, respectivement directeur et associé de Cognizant Consulting, font le point sur les grandes évolutions qui attendent le secteur de la gestion d’actifs.
Myriam Ferran et Antoine Pertriaux
Myriam Ferran et Antoine Pertriaux - Cognizant Consulting

Après une année 2018 difficile pour les sociétés de gestion, qui a vu nombre d’entre elles décollecter, comment entrevoyez-vous 2019 pour le secteur ? Des réductions de coûts sont-elles à attendre ?

Antoine Pertriaux : 2018 a certes été difficile, mais les sociétés de gestion sont sous pression depuis plusieurs années déjà, et cela va se poursuivre en 2019. L’environnement de marché européen défie la viabilité économique des modèles de la gestion qui connait une érosion continue des marges. Et cela en raison de trois facteurs principaux : le poids des réformes réglementaires, les taux d’intérêt durablement bas et le succès de la gestion passive qui met à mal les modèles traditionnels de la gestion active.

Pour rester dans la course il est impératif de réduire ses coûts, notamment sur sa chaine de traitement des opérations. Beaucoup se tournent vers l’externalisation afin de se délester de ces activités « non cœur » qui nécessitent des investissements permanents pour les maintenir à niveau et que nombre de sociétés de gestion ne peuvent assumer seules.

De nouveaux acteurs émergent dans la fourniture de ces services, qui définissent petit à petit un benchmark d’efficacité opérationnelle. A l’instar de Goldman Sachs coté sell side, certaines grandes sociétés de gestion se sont lancées dans la monétisation de leur savoir-faire et mettent ainsi à disposition à d’autres sociétés de gestion leur technologie comme BlackRock avec Aladdin ou même leur plateforme de traitement opérationnelle comme Amundi avec Amundi Services. Avec comme ambition de définir un standard de marché applicable à l’ensemble du secteur.

Au-delà des enjeux de réductions de coûts, nous anticipons une accélération significative des défis technologiques pour le secteur de la gestion, notamment autour de la digitalisation de la relation client et des réseaux de distribution qui vont entraîner une refonte en profondeur des modèles opérationnels.

 

Vous évoquez la technologie… quels sont les enjeux dans ce domaine ?

Myriam Ferran : Le « digital » est sans aucun doute le domaine dans lequel on voit le plus d’innovation aujourd’hui, notamment avec l’essor des fintech qui proposent de nouveaux usages et de nouvelles propositions de valeur. La technologie s’invite à tous les niveaux des organisations et propose des modèles qui révolutionnent l’existant.

Par exemple, dans la communication, que ce soit en interne ou avec des contreparties ou des clients, citons la start-up Symphony qui connait un très grand succès avec sa plateforme de communication cryptée, dédiée au secteur financier. En particulier, l’intégration de « bots » spécialisés y transforme l’expérience des gérants et de leurs interlocuteurs.

Cela concerne aussi les outils d’aide à la décision, domaine où l’intelligence artificielle est en plein essor. Les sociétés de gestion l’expérimentent au cœur même de leur processus d’investissement, dans les modèles d’allocation et de sélection d’actifs ou encore dans l’identification de signaux d’investissement en analysant tous les types de données, structurées et non structurées.

Et dans un horizon pas si lointain, la technologie blockchain est en mesure de révolutionner la gestion d’actifs, notamment la distribution des fonds, avec des circuits de distribution décentralisés reliant directement les clients finaux aux fonds, et supprimant de fait les intermédiaires. A ce titre le projet Iznes est une initiative prometteuse, soutenue par plusieurs sociétés de gestion françaises dont La Financière de l’Echiquier, La Banque Postale AM, Groupama AM, Arkéa IS et Lyxor AM.

Il y a de nombreux autres exemples et certaines de ces innovations vont donner un avantage certain aux acteurs qui les auront adoptés. L’enjeu (et la difficulté) pour les sociétés de gestion est de prendre le bon train de l’innovation, à l’heure…

 

Face à ces mutations, les grandes sociétés de gestion ne sont-elles pas avantagées ?

Antoine Pertriaux : Ce sont en effet des adaptations qui demandent des investissements significatifs, que les grandes sociétés de gestion sont plus à même de réaliser, contrairement aux petites structures qui peinent déjà à suivre les évolutions règlementaires.

Tous les grands acteurs se sont aujourd’hui lancés dans la transformation digitale, certes avec des maturités et des investissements différents. En particulier l’utilisation de la « data » est un sujet central pour l’ensemble du secteur. Bien au-delà du stockage et de l’analyse classique de la donnée, l’utilisation de l’intelligence artificielle peut offrir un avantage concurrentiel certain, par exemple dans l’identification de tendances et/ou de besoins propres à chacun de ses clients.

A ce volet technologique s’ajoute celui des talents qui évoluent vers des profils comme les « data scientist », les experts de l’UX (User eXperience) ou encore de la visualisation des données.  Ce sont des sujets sur lesquels l’expertise n’est pas simplement métier, mais aussi technologique, scientifique voir anthropologique. Dans ce contexte, il est souvent intéressant pour les sociétés de gestion de se tourner vers d’autres secteurs d’activité pour ouvrir le champ de réflexion.

 

Avez-vous des exemples de bonnes pratiques pouvant être reprises par le secteur de la gestion d’actifs ?

Myriam Ferran : Le secteur de la grande distribution et du e-commerce sont une bonne source d’inspiration. La culture de l’innovation y est très ancrée, avec la création d’« Innovation ou Digital Labs » qui permettent de multiplier les échanges avec start-ups et fintechs et tester les concepts qui apporteront de la valeur à l’entreprise. Ces derniers sont aujourd’hui repris par le secteur financier.

Ces industries ont par ailleurs investi massivement dans l’exploitation de la donnée et l’intelligence artificielle pour améliorer la fidélisation des clients, par exemple en personnalisant leurs campagnes publicitaires en fonction des profils de clients. Applications que l’on retrouve chez certains assureurs qui proposent des produits adaptés aux assurés sur la base de données collectées à partir d’objets connectés.

Les plus avancés repensent l’expérience client en profondeur et s’orientent vers une offre de solutions plutôt qu’une offre « push » de produits, l’idée étant de personnaliser la proposition de valeur en lien direct avec l’objectif spécifique du client. C’est un changement de paradigme qui implique de bien comprendre l’objectif que chaque client va exprimer avec ses mots, et avec un prisme qui peut être très différent d’un profil à l’autre. Le monde de la gestion commence à s’approprier ce concept, à l’instar d’Axa IM qui propose, en partenariat avec la fintech Dreams, une approche innovante avec des incitations d’investissement personnalisées, basées sur les habitudes et besoins personnels des millennials. 

 

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