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Portrait

Xavier Lépine : Un visionnaire à visage humain

France
Le 04/06/19 à 23h22

par

Erick Jarjat

Xavier Lépine

Comment le présenter ? Comme un homme d’action ? Certainement, c’est une évidence. Comme un homme de réflexion ? C’est une évidence également pour tous ceux qui ont l’habitude de le côtoyer.  Autrement dit, une personnalité atypique qu’il est difficile de faire entrer dans le moule des catégories traditionnelles. Peut-être une formule attrape-tout ? Architecte de la finance, agitateur d’idées, aventurier du capital, le financier volant,… Mais laissons la parole à une proche : « un visionnaire mais toujours très proche des gens », selon Pascale Cheynet, directeur innovation, développement corporate et communication du groupe La Française, qui  travaille aux côtés de Xavier Lépine depuis plus de vingt ans.

Toutes ces formules ont malgré tout un goût d’inachevé. Car Xavier Lépine, qui pilote depuis maintenant une bonne dizaine d’années La Française, un groupe qui pèse près de 70 milliards d’euros d’actifs sous gestion, a pratiqué plusieurs métiers, mais toujours avec un zeste, voire beaucoup plus, de finance : inspecteur, il est vrai très brièvement, analyste, homme d’affaires, dirigeant, commentateur avisé des grandes mutations politiques, sociales ou culturelles.

 

Et tout cela, toujours en musique ! Il reçoit d’ailleurs ses visiteurs, boulevard Raspail, dans une salle de réunion où figurent en bonne place des guitares Fender. Et il peut pousser la chansonnette à tout moment. Avec son groupe maison ou en solo ! En interne, devant les salariés ; en externe dans le cadre d’une manifestation.  Et sans vergogne ! En écho au concert des Rolling Stones, invités par Carmignac, son groupe, annoncé quelques jours plus tard comme les Pierres qui roulent, avait entonné, devant un parterre de financiers, une chanson de Thomas Dutronc Nasdaq (« Je suis pas Nasdaq, Je vais tous les Nikkei »).

 Priorité musique

Mais revenons à la genèse d’une carrière mouvementée marquée par quelques rencontres déterminantes, Jean-François Hénin, Eric Charpentier, Patrick Rivière... La finance, un peu le hasard dit-il, pour avoir du temps à soi. Puis, après un DEA de finance international à Paris-Dauphine obtenu en 1981, un premier job à la Société Générale en qualité d’inspecteur. « J’ai tout de suite compris que ce n’était pas pour moi. Contrôler les autres, c’est un problème », lance Xavier Lépine.  Une erreur de casting pour un rebelle viscéral à l’autorité. Puis le vrai premier job, c’est à la Banque de l’Union européenne (BUE) qu’il le trouve, plus précisément à la direction internationale à New York en 1983, où il accompagne les exportateurs français dans les pays en développement et les aide à monter des financements de projets.

 J’avais 26 ans et on me donnait du Mister President

« Dix ans environ qui m’ont donné une culture internationale sans équivalent », indique Xavier Lépine, manifestement comme un poisson dans l’eau dans cette activité. Avec pour seul viatique, au moins à ses débuts, un tableur. « On était dans les premiers temps de l’informatique et j’étais le seul à savoir m’en servir », relève Xavier Lépine qui se souvient avec délectation de cette période. Mais avec la crise de la dette, son métier va évoluer.  « Je suis passé du financement de projet à la restructuration de dette et mon avantage concurrentiel était que je pratiquais le tableur et l’anglais ! Et je représentais la BUE dans les réunions du FMI. J’avais 26 ans et on me donnait du Mister President, car la BUE était chef du steering committee du Mozambique et de Guinée-Conakry ».

 

Dans ce contexte, Xavier Lépine se dit que plutôt que de vendre de la dette pour le compte de la BUE, le temps était peut-être un peu plus favorable à l’achat de dette décotée des pays en développement et pas encore émergents. D’où la sollicitation, avec un compère de la BUE, Gilles Rouchié, de Jean-François Hénin, le président d’Altus, pour exploiter cette situation qui leur confie 100 millions de dollars. Et Paul Alibert, président de la BUE, accepte leur départ et double la mise ! « A l’époque, j’avais 32 ans et 200 millions de dollars en 1990, c’était beaucoup d’argent, avec un levier de 4 ou 5 ».  Le jackpot pour son fonds, FP Consult, domicilié à Guernesey et agissant comme une banque. En revendant pas exemple en 1993 la dette du Panama, toute la dette du Panama, à 12%, après l’avoir achetée à 3% !

 

Arrive ensuite la faillite du Crédit Lyonnais et la disparation d’Altus ainsi que le rachat de la BUE par le CIC. Privé de ses actionnaires, FP Consult est rachetée en 1996 par Fimagest où il rencontre Alain Wicker et Patrick Rivière. Fimagest passe dans le giron de la Générale de Banque pour ensuite être intégrée au groupe Fortis, le Crédit Mutuel Nord Europe était alors présent dans le groupe en tant qu’actionnaire de la société de gestion Multifonds. « Nous nous connaissons depuis 1995. J’ai intégré Xavier chez Fortis puis j’ai rejoint Invesco en 1999 mais nous sommes presque toujours restés en contact », se rappelle Patrick Rivière, Parallèlement, Xavier Lépine fait connaissance avec Eric Charpentier, directeur général du Crédit mutuel Nord-Europe qui va jouer un rôle majeur dans la suite de son parcours. C’est ainsi qu’avec pour actionnaire le Crédit Mutuel-Nord Europe et après avoir quitté Fortis, Xavier Lépine conserve la présidence de Multifonds, et lance en 2001 la société de gestion alternative Alteram. « Après l’éclatement de la bulle Internet, les attentats du 11-Septembre, les investisseurs ne veulent plus prendre de risque. D’où l’idée de ne plus privilégier l’approche directionnelle et de s’intéresser aux inefficiences de marché », explique Xavier Lépine. Là encore, une réussite phénoménale avec des encours qui tutoyaient les 3 milliards d’euros en 2005.

 

Puis Eric Charpentier intervient encore une fois en proposant à Xavier Lépine de reprendre en 2005 la direction de l’UFG (Union française de gestion), qui ne faisait que des SCPI. « Une belle endormie avec 3 milliards d’euros sous gestion ». Puis avec la crise de 2008, Xavier Lépine, toujours opportuniste, va créer la société de gestion qui est devenue La Française. Alain Wicker souhaitait adosser sa société LFP, spécialisée dans la gestion obligataire. « Il y avait un coup à faire. Avec la réunion de La Française des placements, spécialiste des taux, UFG, spécialiste de l’immobilier, Multifonds, spécialiste en multigestion et Alteram, performance absolue. On fusionne les quatre activités en 2009 et l’aventure de La Française démarre », lance Xavier Lépine qui évoque le rôle de Patrick Rivière, « un formidable développeur », qui intègre alors La Française en tant que directeur général.  « J’ai rejoint Xavier en 2008, juste avant la crise, se souvient Patrick Rivière.  Ancien numéro un de Xavier Lépine, Patrick Rivière accepte tout de suite de devenir son numéro deux. « Tout s’est toujours très bien passé. Nous occupons le même bureau. Mais nous sommes très différents. Ce que Xavier aime faire, je n’aime pas le faire. Ce que Xavier sait faire, je ne sais pas le faire. Et il n’aime pas faire ce que je fais. Donc, nous cohabitons sans problème ».

Une passion pour le Grand Paris

On connaît la suite. « Ten Years After », dirait volontiers le musicien Xavier Lépine, La Française est devenue un poids lourd de la gestion, autour de quatre grands piliers, gestion alternative, gestion traditionnelle, immobilier et capital-investissement, avec une forte présence à l’international (près de 30% des encours). Et un Patrick Rivière aux manettes opérationnelles tandis que Xavier Lépine qui continue de creuser les problématiques qui l’intéressent. Ces dernières années, Xavier Lépine s’est ainsi passionné pour le projet du Grand Paris. Un projet qui relève de l’aménagement du territoire avec des retombées immobilières certes mais qu’il a voulu exploiter à plein au niveau du groupe.  « Il devient incollable sur les sujets qui l’intéressent », souligne Pascale Cheynet.  « Ce qui m’impressionne le plus chez lui, c’est sa capacité à absorber un sujet, aussi large soit-il, et également sa capacité à trouver l’erreur, dans un contrat par exemple », relève Patrick Rivière. Illustration parfaite de cette volonté de creuser, les réflexions que Xavier Lépine livre très régulièrement sur le site de La Française et qui, dans leur complexité, donnent parfois du fil à retordre à ses relecteurs. « Et il souhaite toujours une publication immédiate ! », remarque Patrick Rivière.

 

Un parcours donc très mouvementé qui n’a pas toujours laissé beaucoup de place à la vie de famille. Xavier Lépine le reconnaît volontiers, il s’est fait souvent remonter les bretelles pour son absentéisme récidiviste lors de la naissance de ses enfants. Même avec le concours du Concorde, souvent utilisé à l’époque. Mais le président de La Française s’est depuis rattrapé en quelque sorte en étant beaucoup plus présent pour la naissance de ses petits-enfants. Et en arrivant parfois très fatigué aux réunions de presse du petit matin ! »

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