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Amine Benghabrit, directeur général France d’Allianz Global Investors

"Nous voulons avancer vite dans l'ESG"

France
Le 19/11/18 à 07h40

par

Thomas Carlat

Amine Benghabrit a été nommé Responsable de la succursale d’Allianz Global Investors (AllianzGI) à Paris en 2016. Il revient dans un entretien avec NewsManagers sur l'activité du groupe en France et sur ses ambitions.
Amine Benghabrit
Directeur général

NewsManagers : Que représente aujourd’hui l’activité d’Allianz Global Investors sur le marché français ?

Amine Benghabrit : Nous gérons actuellement 95 milliards d’euros d’actifs en France, dont 60 milliards d’euros pour le groupe Allianz et 35 milliards d’euros pour le compte de tiers. En termes de distribution pour compte de tiers en France, 19 milliards d’euros sont gérés pour le compte d’investisseurs institutionnels, 3 milliards d’euros auprès de la distribution externe (banques privées et multi-gérants essentiellement) et environ 12 milliards d’euros gérés pour le compte des réseaux du groupe Allianz. En revanche, nous n’avons pas d’activité auprès des conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI).

NM. : Quel premier bilan pouvez-vous dresser de votre activité sur le marché français ?

A.B. : Nous avons jusque-là connu une très bonne année auprès des clients « retail », à la fois pour les réseaux commerciaux d’Allianz et pour le reste de notre activité pour compte de tiers. Auprès des institutionnels, nous avons enregistré une légère décollecte, mais l’année va rester positive en termes de revenus car cette décollecte s’est matérialisée sur des classes d’actifs faiblement margées. Au final, nous avons perdu un peu d’encours mais notre rentabilité a été renforcée.

NM : Pourquoi n’êtes-vous pas présents sur le segment des CGPI ?

A.B. : Ce segment nécessite d’importants investissements (marketing et équipes commerciales). Par ailleurs, le client du CGPI attend principalement de son conseiller qu’il puisse l’orienter vers des maisons de gestion autres que les grands réseaux bancaires ou d’assurances. Les CGPI n’entrent donc pas dans le cadre de notre stratégie de développement commercial, qui s’inscrit uniquement dans une logique B-to-B. En revanche, nous disposons d’une équipe de 5 personnes dédiée à la formation et l’animation des réseaux de distribution du groupe Allianz.

NM : Quel regard portez-vous sur le monde institutionnel, soumis à de nombreux rapprochements en France ?

A.B. : Dans son ensemble, le paysage des institutionnels est assez contrasté. Les acteurs de la retraite ont tendance à internaliser leur gestion, tandis que les assureurs eux l’externalisent de plus en plus. L’approfondissement de nos relations avec les seconds permet de compenser l’impact des évolutions des premiers. Le monde des investisseurs institutionnels fait partie intégrante de notre ADN, et compte tenu de notre appartenance à Allianz, notre développement auprès des assureurs est naturel. Nous travaillons avec eux sur des solutions leur permettant de s’exposer davantage aux marchés actions tout en limitant leur charge en capital dans le cadre de Solvabilité 2. A ce titre, nous avons lancé un fonds de gestion factorielle avec une stratégie de couverture permettant de diminuer la volatilité et la charge en capital réglementaire. Par ailleurs, les assureurs sont particulièrement demandeurs de non coté et d’actifs alternatifs. Il est intéressant de remarquer que la relation commerciale avec le « wholesale » évolue aussi, sous l’effet de MIF2, et devient de plus en plus institutionnelle : de nombreux distributeurs demandent aujourd’hui des mandats de gestion.

NM : Comment ont évolué vos encours gérés pour compte de tiers au fil des années ?

A.B. : Ces encours ont évolué fortement. Je rappelle que cette activité était peu développée il y a une quinzaine d’années, à l’époque où Allianz en France s’appelait encore AGF. Depuis, nous avons enregistré une croissance régulière sur ce segment. A titre d’exemple, les actifs sous gestion pour les institutionnels ont quasiment doublé au cours des six dernières années, portés par un mix d’effet de marché et de croissance organique. Notre point fort est d’avoir un modèle équilibré en termes de classes d’actifs puisque nos encours se répartissent à 40% en obligations, à 30% en multi asset et à 30% en actions. En parallèle, nous développons fortement notre expertise sur les actifs alternatifs, qu’ils soient liquides ou illiquides.

NM : Justement, que représente votre activité dédiée à ces actifs alternatifs ?

A.B. : Il s’agit d’un segment stratégique pour le groupe Allianz Global Investors, en France mais aussi partout dans le monde. Cet axe de développement s’inscrit pleinement dans le cadre de l’ADN de la société. Nous avons fait le choix, pleinement assumé, d’être un gérant 100% actif et nous pensons que la gestion alternative illustre pleinement cette orientation. Actuellement, les actifs alternatifs représentent environ 67 milliards d’euros d’encours. Nous avons la chance de nous reposer sur des professionnels de haut niveau, à l’image de Deborah Zurkow qui nous a rejoints en 2013 pour démarrer et développer l’activité de dette d’infrastructures Aujourd’hui, à elle seule, la dette infrastructure pèse 13 milliards d’euros d’actifs et AllianzGI a financé plus de 50 projets. Nous nous positionnons donc clairement comme un leader sur cette classe d’actifs. Nous avons connu de très beaux succès sur ces classes d’actifs dans le contexte de taux d’intérêt bas et de recherche de rendement. Il s’avère, en outre, que ces actifs alternatifs, à l’instar des infrastructures, constituent un bon outil de couverture des passifs de long terme, ce qui explique l’intérêt généré auprès des assureurs.

NM : Comment entendez-vous développer davantage cette activité ?

A.B. : Nous avons démarré sur le segment de la dette infrastructure, puis développé la dette privée corporate, d’abord pour Allianz, puis pour compte de tiers. Le développement des actifs alternatifs a été permis par l’intégration des équipes d’Allianz basées en Allemagne et aux Etats-Unis qui sont en charge de portefeuilles de prêts corporate. Ces équipes sont aujourd’hui totalement intégrées à Allianz Global Investors et nous avons ouvert leurs expertises aux clients tiers. Nous regardons aussi les opportunités de croissance externe, à l’image de l’acquisition de Sound Harbor Partners en décembre 2016 aux Etats-Unis.

NM : Qu’en est-il du capital-investissement au sein du groupe ?

A.B. : Depuis le 1er janvier 2018, nous avons intégré Allianz Capital Partners, la filiale de capital-investissement du groupe Allianz, au sein d’Allianz Global Investors et nous avons commencé à proposer cette expertise dans le cadre de notre activité pour compte de tiers. Nous préparons d’ailleurs le lancement d’un fonds infrastructure equity core pour la fin de l’année. Au total, le non coté représente environ 55 milliards d’euros d’actifs sous gestion, alors que cette activité n’existait pas en 2013.

NM : Quelle est votre stratégie sur l’immobilier ?

A.B. : Nous sommes l’un des principaux acteurs en France dans l’immobilier coté en termes de parts de marché. En revanche, l’immobilier physique est la principale classe d’actifs sur laquelle nous ne sommes pas présents. Nous regardons donc les opportunités de croissance externe dans ce secteur.

NM : Quel regard portez-vous sur la clientèle de particuliers ?

A.B. : Sur cette clientèle, le développement des unités de compte est un autre axe stratégique important. Il est toutefois nécessaire d’avoir des produits adaptés. Dans ce cadre, nous travaillons avec une équipe d’ingénierie sur des produits peu consommateurs de fonds propres pour les assureurs, offrant une espérance de rendement supérieur aux fonds euros, tout en proposant un niveau de garantie en capital. Les sous-jacents de ce produit sont des fonds multi assets pour lesquels nous avons une réelle expertise puisque nous gérons 139 milliards d’euros d’actifs au niveau mondial. Ce pôle s’est développé fortement tant auprès de la clientèle « retail » que des institutionnels. En France, la gestion multi assets représente environ 30% de nos encours gérés pour compte de tiers.

NM : Vous avez récemment obtenu le label ISR pour trois de vos fonds. Quelle place occupe l’investissement responsable au sein de votre société ?

A.B. : Au sein du groupe Allianz Global Investors, nous avons démarré l’investissement socialement responsable (ISR) en 2000. Nous l’avons d’abord fait sur les actions, puis notre savoir-faire a été étendu aux autres classes d’actifs. L’ISR représente aujourd’hui 22 milliards d’euros d’encours et est basé sur une approche « best in class ». Nous élargissons notre offre d’investissement responsable à l’intégration ESG (environnement, social et gouvernance) pour répondre aux besoins de certains clients demandeurs d’une approche plus souple que l’ISR. Notre ambition est d’étendre l’ESG sur l’ensemble de nos portefeuilles. Aujourd’hui, les stratégies dites « ESG intégré » représentent 116 milliards d’euros d’encours au niveau mondial et l’impact 6 milliards. Nous avons beaucoup investi dans la technologie notamment pour avoir un outil commun à tous nos portefeuilles de gestion et accessible pour tous nos gérants. En parallèle, nous sommes très actifs en matière d’engagement et d’exercice des droits de vote. Nous dialoguons avec les entreprises afin de faire évoluer leurs pratiques. En France, les clients se tournent de plus en plus vers l’ESG, du fait de l’article 173 de la loi sur la transition énergétique et un nombre croissant d’investisseurs est de plus en plus en phase avec une approche sans contrainte et sans exclusion a priori. Clairement, nous allons continuer à investir dans l’ESG et dans l’impact investing. Nous voulons avancer vite.